Les étudiants des beaux-arts à Dijon sont des illuminés

Mercredi 9 juin, 18h30, j’ai rendez-vous à l’appartement Interface pour rencontrer les étudiants de l’ENSA Dijon (école nationale supérieure d’arts) et découvrir Les péripéties de l’invention, l’exposition dont ils sont à l’origine. Arrivé devant la porte du 12 de la rue Chancelier de l’hospital, après m’être pris une bonne sauce de pluie en traversant le quartier Saint Michel, je sonne. Drôle d’endroit. Nadège Marreau m’accueille et me présente Emma et Mathieu, les deux étudiants qui étaient disponibles pour cette petite entrevue. Je leur explique que je n’y connais rien en art contemporain mais que ça m’intéresse de parler d’eux. Ca a l’air de leur plaire. Au final, ce qui devait être une rapide interview se transforma en discussion de deux heures avec vin blanc et gâteaux apéro.

Emma Perrochon et Mathieu Girard sont en 5ème année à l’école des Beaux-Arts à Dijon. On va mettre les choses au clair tout de suite : tous deux sont sacrément frappés, comme le reste de leurs copains prenant part à cette expo. On va d’abord parler du cas de Grégory Cuquel (diplômé de l’ENBA Lyon), jeune homme fortement obnubilé par le chaos et le heavy métal. Son truc, c’est de faire des petits monuments sculpturaux en recyclant ses anciens travaux. Il a aussi accouché d’une petite vidéo en forme de boucle, sorte de « voyage sous speed dans son atelier », me glisse Mathieu.

A côté de ça, Emma Perrochon incarne la douceur. Sa sculpture, «Orchid», est une alliance de plusieurs matériaux : la terre et le zinc, «la tendresse et la mollesse de la terre, le nerf et le tranchant du métal». Elle est également l’auteur, avec Frédéric Sanchez, de «Projections», ces fameuses sculptures à base d’étain aux formes aléatoires et s’inspirant d’une tradition finlandaise visant à lire l’avenir.

Mathieu Girard fait dans l’absurde. Une étagère trouvée dans la cave de sa baraque, quelques seaux de peinture récupérés à l’école, tout paraît normal à première vue. Mathieu n’est cependant pas le plus cinglé de la bande. Pour ça, on décerne facilement la palme à Marion Berry et sa vidéo, «Cords», qu’on découvre au sous sol de l’appartement. Marion s’y met en scène, découpant à la cisaille une à une les cordes de sa guitare électrique de manière chirurgicale et jouant avec l’ampli pour faire couiner son acte sonore. Ambiance.

On pourrait continuer longtemps dans la description des travaux tant chaque oeuvre mérite son attention. On pense notamment à Lisa Aïach et ses plaquettes pharmaceutiques où les gélules sont remplacées par de fausses pierres précieuses, à la photographie de Thibaud Quentric faisant effet de miroir, ou à Antoine Nessi et ses moulages donnant forme à des machines d’atelier. Bref, on vous propose de vérifier par vous-même le potentiel illuminati de ces jeunes gens. Ca vaut vraiment le coup.

Mais j’étais également venu pour en savoir un peu plus sur ces étudiants. A part l’art, qu’est-ce que ça peut bien aimer un jeune des beaux-arts ? Et bah plein de choses : ciné, bandes dessinées, musique, skateboard. Comme on est très branché musique sur ce site, j’ai tenté en vain de leur faire cracher quelques noms de groupes qui les amusaient. Nadège (l’hôte de ce lieu) a séché, Emma également, Mathieu m’a balancé les compilations New York Noise de Soul Jazz Records. Ok on valide. Comme je suis un bon connard de jeune de l’internet, je suis aussi allé me renseigner sur le 2ème site le plus consulté au monde : Facebook. Pour Emma, Lou Reed, Robert Wyatt, The Doors. Holy Fuck, Koudlam, Chemical Brothers chez Mathieu. Ca nous parle. Finalement, Nadège me soufflera qu’elle aime beaucoup Chew Lips, Grandaddy, This is the kit, Socalled et Damien Jurado. Un dernier verre enfilé, on se quittera après ce bon bavardage.

Les péripéties de l’invention, une exposition explosive, jeune et originale.
Jusqu’au 17 juillet à l’appartement / galerie Interface (12 rue Chancelier de l’hospital, à Dijon).

infos : 03 80 67 13 86 – Ouvert du mercredi au samedi, de 14h à 19h. Gratuit.

Photos : dans l’ordre, Emma Perrochon “Orchid” ;  Grégory Cuquel “Tu serai triste si je mourrai oui ou non” ; Emma Perrochon et Frédéric Sanchez “Projections” ; Mathieu Girard “Adjust content to frame” ; Marion Berry “Cords” ; Antoine Nessi “Naughty Boys”.

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