Nous publions aujourd’hui le deuxième texte signé par Anthony, ce dijonnais dont nous vous parlions la semaine dernière, qui bosse actuellement sur un recueil d’écrits intitulé ‘La faute aux dinosaures’. Cette fois, il est question d’une déambulation du côté de San Francisco, un soir d’été embrumé. Entre clodos, mecs sans dent, touristes et or russe.

GENTLE PEOPLE HERE?
Je me casse avec mon cœur brisé et mon foie en bonne santé
à la gigantesque machine à laver californienne
pour tourner jusqu’à ce que tout soit clair,
ensuite je prendrais mon esprit en forme de cran d’arrêt acéré
et je graverai un chemin nouveau sur le cul de Dieu,
je verrai ce qu’il a vraiment dans le ventre,
en sachant que si c’est pas le PIRE des cas, tout va BIEN.
Je me sens tellement seul dans cette cellule à ciel ouvert
que les jolies filles des magazines m’excitent
comme un prisonnier en manque.
Il est 20h30 à San Francisco, en plein été
mais le brouillard est aussi épais qu’un jour de novembre en Bourgogne.
quand la nuit tombe je déambule dans les rues de la Ville près de la Baie,
une baie que je ne vois pas d’ici…
Deux Limousines se garent à côté de moi
au son d’un clochard qui secoue un gobelet de pièces
et qui chante un truc sur une fille qui l’a largué
(sûrement un standard de la soul,
un standard de O’Farrel Street, sans aucun doute)
tandis qu’un autre est en plein milieu du croisement
et éclaire d’une lampe torche tout le monde qui passe par là
comme cette femme aux seins noirs et au gros ventre vide
qui pendent et qui débordent d’un anorak ouvert.
Ses pieds sont séparés du goudron
par d’épaisses couches de chaussettes. Sales.
Elle marche vers moi dans l’été du Nord californien
avec de la colère et de la folie dans les yeux,
j’achète un journal à l’un deux
et j’entends quelqu’un parler de rastafarisme en criant
c’est un type édenté avec un sweatshirt orange et des dreads,
j’entends l’appel éternel qui récolte des pièces de 5 ou 10 cents
alors qu’à ce moment-même, au bout de la rue des centaines de dollars
sont dépensés au Hilton
et j’en sais quelque chose parce que c’est là que je vais passer la nuit
mais à dix, pour partager le prix de la suite business
…et les niquer eux et leur système à la con avec pour seule excuse : notre trip.
“Un peu de monnaie !” “un peu de monnaie !” “un peu de monnaie !”
Un peu de rien du tout pour ces âmes perdues qui traînent au coin de la rue !
Allant nulle part, pile à la limite du ghetto voisin de Tenderloin.
Ils tournent en rond
de touriste en touriste qui disparaissent dans l’obscurité
de fix en fix, du crack en échange de l’éternité,
d’une rue abandonnée de Dieu et des hommes
à leur coin abandonné de Dieu et des hommes
et moi, je fais la queue pour rentrer dans un bar.
Aussi sûr qu’il y a des cristaux dans cette rue
derrière cette porte il y a de l’or, et des chercheuses d’or
mais cet or ne vient plus du sol californien
c’est de l’or russe, chinois, de l’or de jeune cadre dynamique…
Je sais pas si je vais rentrer et pour être honnête je m’en branle pas mal
mais je vois bien que, contrairement aux rues de San Francisco,
cette porte sépare deux mondes.
Cerbère, ici c’est le videur à une tête avec une casquette Kangol.
Ses manières canines sont calmées par une tape sur l’épaule
et dressées par un costard.
Ce soir, j’ai traversé ces mondes, j’ai dérivé, suivi mes pieds
dans les rues et les allées,
j’ai regardé la misère cul-de-jatte droit dans les yeux
et j’ai évité le regard des phares des Limousines,
je m’échoue sur un sofa dans le hall d’un bel hôtel
et j’entame une longue discussion
avec une écossaise que je ne trouve même pas si belle, juste pour le fun,
j’aime bien son accent.
L’énergie que j’ai donné ce soir m’est revenue comme un boomerang.
Plus tard, en rentrant à ma chambre d’hôtel, j’entends un klaxon
et je vois des mains me faire signe depuis la fenêtre d’une voiture
et je me dis qu’il y a encore des choses à voir
mais mon corps n’en peut plus.
Sur le lit confortable, mes mains sont le seul organe de mon corps
qui marchent encore à l’essence de la rue, qui vit 19 étages plus bas,
pour écrire ces quelques mots…
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GENTLE PEOPLE HERE?
I’m taking my broken heart and my clean liver
to the big Californian washing machine
and I’ll spin ‘til it’s all cleared up
and then I’ll take my shiny switchblade knife of a mind
and carve a new path on the ass of God,
figure out what’s really inside of him
knowing that if it ain’t the WORST, then it ain’t BAD.
I’m so alone in this wide open cell
that beautiful girls in magazines turn me on
like a strung out prisoner.
It’s 8:30 in San Francisco in the middle of the summer
But the fog is as thick as in a Burgundy’s November.
When the night’s come down I tread the streets of the City by the Bay
A bay I can’t see from where I’m standing…
Two Limos pull up to the sound of a bum shaking coins in a cup
And singing about a girl he’s had
(probably a soul standard, surely an O’Farrel Street standard)
While another one literally stands in the middle of the intersection
Flashing a torchlight to whoever crosses,
Like this woman whose saggy black breast
And belly full of hunger fall from under an open winter jacket
Her feet are separated from the asphalt
by multiple layers of socks. Dirty sock.
She is walking towards me in the Northern Californian summer
with anger and madness in her eyes,
I buy a newspaper from one of them
as I hear words about rastas shouted by a toothless guy that has dreadlocks
and an orange sweater;
and the neverending call for nickels and dimes
when at the end of the street hundreds are being spent at the Hilton Hotel
and I should know cause I’m gonna spend the night there
but with 10 of my friends to share the share of the business suite
…and fuck the system on account of our vacation.
“change”, “change”, “change”!
But nothing’s gonna change for these lost souls hangin on the street corner
on their way to nowhere at the very limit of the neighboring Tenderloin.
They keep circling and circling,
Jumping form tourist to tourist who seem to vanish in the dark
From fix to fix, their souls swallowed by crack.
From a God-forsaken and man-forsaken street
Back to their God-forsaken and man-forsaken corner
While I am standing in line, tryin’a get into a club.
As sure as there’s crystals on this very street
Behind that door there is gold, and gold diggers
but this gold is not from the California soil.
Russian gold, Chinese gold, yuppie’s gold…
I don’t know if I’m going to get in,
To be honest I don’t really care
But I know this door separates two world
Unlike the blocks of San Francisco,
Cerberus is one-headed bouncer with a flat cap
And his doggish ways are tamed by a tap on the shoulder
And tempered by a tuxedo.
I have crossed these worlds tonight, following my own feet,
Crossing the streets and alleyways
Staring into the eyes of legless misery and averting the sheen of Limousines
I wash out on the couch of a nice hotel lobby and start a long conversation
With a Scottish girl that I’m not even attracted to,
juss for the Hell of it, and I like her accent.
The energy I gave tonight came straight back to me like a boomrang
And on my way back to my hotel room, as I hear a car horn
And people wave at me I tell myself there is more to explore
But my body can’t.
On the cozy bed, my hands are the only organ
still running on the fuel from the street
that lives 19 floors down
as I lay down these words…
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Antony : notre Hubert Selby Jr à nous !! Je me régale !!!!