L’expérimentarium de Mathieu Amalric et Hippolyte Girardot à l’Acteur festival
C‘était une soirée pleine de surprises, sans aucun doute. Déjà, on apprend quelques heures avant sur facebook que la soirée est finalement gratuite. On se pose la question. On va jusqu’à supposer que c’est peut-être une idée de Mathieu Amalric et de Hippolyte Girardot. On n’a pas encore demandé mais on aura sûrement une réponse avant la fin du week-end sur ce mystère. Puis viennent les rumeurs les plus folles : Amalric a décidé d’organiser un casting géant pendant la soirée ; Amalric va utiliser un iPad aussi, que de rumeurs de malade on vous dit. En fait non, pas de casting ni d’iPad. Juste 3 sièges, un écran, un appareil photo et un Macbook. La soirée démarre à 20h15 environ avec une lumière bizarre sur la scène, genre y a des soucis techniques. Cyril Neyrat, critique de cinéma et co-programmateur du festival introduit le duo, ils arrivent sous les applaudissements et jouent les aveuglés sous cette lumière bizarre. Et puis ça y est, ça commence à discuter sur le métier d’acteur, sur les débuts. Tout de suite on se demande s’ils ne jouent pas un nouveau personnage, s’ils s’amusent pas à jouer l’acteur. On a compris que tout au long de la représentation, on n’arrivera pas vraiment à démêler le vrai du faux. Après tout, un acteur n’est-il pas tout le temps en représentation devant le public, même quand il n’est pas devant la caméra ? A méditer… Précisons qu’on a juste la tête de l’acteur Jean-Pierre Kalfon devant, en plein milieu, entre Amalric et Girardot sur la scène. Bon en gros ça donne ça. Oui la photo est d’une qualité de merde, Blackberry c’est la vraiment la lose pour prendre des photos, on est bien d’accord. Amalric explique ensuite comment il est tombé amoureux du métier grâce à un metteur en scène Georgien, Ottar Losseliani, dont le style rappelle les films de Jacques Tati. Girardot se familiarise avec le cinéma en faisant des films en super 8 dans un centre socioculturel de banlieue, “avant Mitterrand”, oui y a un petit bout de temps quand même. On remarque que chacun à son humour bien à lui, mais ça fonctionne plutôt bien. On retient que pour Mathieu Amalric, on ne peut pas être qu’acteur dans ce milieu. Diriger d’autres acteurs, mettre en scène, c’est ce qui le motive le plus. Quant à Hippolyte Girardot, il n’y a rien de mieux que de désobéir quand on joue devant une caméra. Puis les deux compères parlent du tournage du dernier Alain Resnais, enfin surtout d’anecdotes sur le plateau, des choses triviales, mais après tout pourquoi pas. On a même droit aux photos perso d’Amalric sur le tournage. On voit qu’Alain Resnais s’amuse à faire des maquettes avec des figurines de Star Trek et des petits soldats pour savoir où situer ses acteurs sur le plateau. On voit Pierre Arditi discuter de vin avec Michel Piccoli et Michel Vuillermoz. Bon ok. Depuis le début, les rires sont nerveux, en fait on sait pas trop s’il faut rire où prendre ça au sérieux, c’est la caractéristique de ce nouveau type de soirée expérimentale dont on est finalement un peu les acteurs aussi. Ou les cobayes… Et puis on entend que ça ronchonne au fond de la salle, on se demande si c’est pas fait exprès. En fait, on sait tellement plus quoi penser qu’on en devient parano et que le moindre truc, même quelqu’un qui tousse ou qui va pisser, ben c’est fait exprès, ça fait partie du jeu de comédien. Enfin, les 2 qui ronchonnent se cassent, ce qui ne déstabilise pas pour autant les 2 stars de la soirée. Bon ok c’était pas fait exprès, c’était vraiment des gars vénères. En même temps ils peuvent pas crier “remboursés !” : c’était gratuit. Après, une fausse technicienne débarque sur scène. Elle interprète un texte de Le rouge et le noir de Stendhal avec Girardot devant l’appareil photo-caméra d’Amalric. On assistait à une belle mise en abyme écran/réel, mais peut-être un poil trop longue. Le truc cool c’est qu’on avait l’impression de se retrouver sur le début d’un tournage avec Amalric. Et il nous communiquait immédiatement sa ferveur de metteur en scène. Bon, qu’est ce qu’on retient de cette soirée happening-rencontre-impro ? Hé bien qu’effectivement, on en est qu’au stade de l’expérimental, ça change des soirées habituelles du style ciné-débat ou rencontre formelle. Mais on reste sur notre faim, on aurait bien voulu partager avec les acteurs qui ont préféré arrêter la soirée à 21h30. Espérons que le public aura plus son mot à dire ce week-end. Alice Chappau Photo : Scritch |














