Trottinette freestyle, trott, trickottinette : pourquoi vous faites pas juste du skate, les gars ?

L’image qu’on a de la trottinette, ce sont des clichés de nos parents en culottes courtes dans les albums de familles, l’heure des mamans devant St Ursule ou la Maitrise, ou l’employé eco-conscient avec casque et protège-genoux direction le bureau en mode funky. Mais depuis quelques temps je me suis rendu compte lors de mes balades dans les villes de France et de Navarre que la trottinette ça sert aussi à rider, à poser du gros tricko comme on disait à mon époque. Certains djeuns donnent une image nouvelle à cet objet ancestral… En y regardant de plus près et notamment sur youtube, moi, cœur de skateur, j’ai trouvé ce sport pas très esthétique, voire très moche, donc j’ai décidé de comprendre ce qui motivait les djeuns dans la “trott”.

Pendant que le superbe dinosaure du skate essaie de ne pas se fossiliser, que les fixies sont au garage pour cause de mauvais temps et que la France se bidonne devant Aliagas et Canteloup, j’ai rencontré David, Antoine et Maxime entre tail whips et autres bus drivers au skatepark de Dijon. David et Antoine ont 16 ans, et Maxime, 19. C’est lui qui fait le chauffeur entre le park de Dijon et Perrigny City, QG de la Team Evasion, seul crew trottinette dans le coin. Tous les quatre, on a essayé de voir si la “trott” était juste un autre sport de glisse calqué sur le skate ou si elle jouissait d’une culture bien à elle, et quelle place elle avait entre skaters, rollos, BMXers et vieux qui font chier sur le parking de Cora…

Déjà les gars, quel nom vous donnez à cette pratique ?
David et Antoine : Le ride ! La trottinette freestyle, c’est le nom commercial (freestyle scooter en anglais).

Et en ce qui concerne l’objet ?
Antoine : La trott.

Ils m’ont ensuite indiqué que l’histoire de ce sport remonte aux années 95-2000 aux Etats-Unis et qu’il est présent en France depuis 7 ou 10 ans. Un phénomène qui m’avait complètement échappé ! Ce sont des anciens skateurs et BMXers, notamment Matt McKeen, qui ont décidé d’utiliser cet objet souvent plus considéré comme un jouet pour en faire un objet de sensations fortes.

David : En fait, c’est un mix entre le BMX et le skate.

Et à Dijon ?
Antoine : Ça fait 5 ans qu’il y a des mecs qui font de la trott à Dijon, avant il n’y en avait qu’un (le mystérieux Jaska…) mais maintenant au maximum on est une trentaine quand le park est plein. Quand on n’est pas au park on ride à Fontaine d’Ouche, St Apo et Perrigny et on connait un gars qui a aménagé un hangar avec des modules chez lui mais c’est privé ! (un secret spot comme on disait dans Tony Hawk Pro Skater 1)
Max : …sinon Darcy mais le flat c’est moins facile, c’est tout dans les bras et les jambes !

La tranche d’âge va de 12 à 20 ans, sinon il y en a un ou deux plus vieux, selon David et Maxime qui me précisent qu’ils faisaient respectivement du BMX et du skate avant mais Antoine s’est mis directement à la trott. C’est le style et les tricks qui les ont motivés avant tout.

Qu’est-ce que ça vous apporte ?
David : C’est une pure sensation, en street tu peux te faire plaisir très vite contrairement au BMX ou au skate où il faut bien maîtriser avant de se faire plaisir. Vu que c’est un objet plus petit et plus léger t’as pas besoin de spots trop gros, sur 3 ou 4 marches tu peux déjà poser pas mal de trucs…

Au niveau de la sensation ?
Antoine : C’est cool…

On te croit sur parole Antoine !

 


David, Antoine et Maxime


Comment vous partagez l’espace avec les autres riders, que ce soit dans le park ou dans la rue ?
Antoine : On croise pas trop les BMX en fait parce qu’ils ont plus leurs spots à eux et surtout les crews BMX de Dijon sont plus âgés. Sinon on partage le créneau du skatepark avec les skateurs et les rollers.

Il y a des rivalités ?
(les trois rigolent)
David : Bah oui, il y a toujours des rivalités, y’en a toujours eu…

Entre qui et qui ?
Antoine : Entre BMX/trott et rollers/trott.

Comment ça se fait ?
David : Déjà à Dijon les BMX sont plus vieux donc on s’entend moins bien et pis il y a eu un crew (dont je tairais le nom, je suis pas un poucave) qui a commencé à bien se faire connaître dans le BMX donc ils ont un peu pris la grosse tête… Moi je faisais du BMX avant donc je connais bien l’ambiance, c’est plus prise de tête.
Antoine : On s’entend mieux avec les skateurs…
David : On a la mentalité skate, sans prise de tête.

Putain les rollos, encore eux… mais on semble encore loin de la guerre des gangs, en effet, les trottinetteux ont leur créneau au park de Dijon le lundi de 19h30 à 22h mais avec des rollers et skaters.

David, Antoine et Max m’ont dit que ça serait bien qu’on leur laisse le créneau à eux tous seuls, donc à bon entendeur… Ils m’ont expliqué que de toute façon, ils voyaient le sport prendre de l’amplitude de semaine en semaine et ils ont même bon espoir de pouvoir organiser un contest 100% trott bientôt au park.

En street, comment ça se passe avec les riverains ?
David : Bah, c’est la merde ! Bon il y a quand même des gens qui nous soutiennent sinon la plupart ne veulent pas laisser la place à la nouvelle génération.

Comment ça ? Au niveau de la glisse ?
David : Non, les gens veulent pas trop qu’on ride. Surtout sur le parking de Cora quand on fait du flat, c’est chaud avec les vigiles.
Antoine : Bon, il y a aussi des gens qui nous encouragent, qui nous soutiennent
David : …qui viennent nous admirer aussi des fois ! Mais les vieux c’est tout l’un ou tout l’autre, soit ils sont super gentils, soit ils nous emmerdent ! Mais on n’est pas bêtes, on connaît les dangers, moi en BMX, j’ai déjà shooté un gosse. On fait attention.

Une des raisons qui a motivé ce petit billet, c’est que je me suis rendu compte qu’il y avait un magazine dédié à la trott, French Toast. J’ai demandé aux riders s’ils connaissaient.

Max : Jamais lu.
Antoine : Avant je le lisais mais plus maintenant.
David : C’est lassant, ça serait mieux s’ils montraient les spots connus, là où on pourrait aller, par exemple à Barcelone ou au Portugal, il y a pleins de spots.
Antoine : …ouais, ils restent sur les gros riders, pour montrer que la trottinette c’est pas un jouet.
David : Vu que c’est un sport qui se développe, ils montrent que les légendes, ça serait mieux s’ils parlaient plus des mecs moins connus.

Donc il y a des mecs très connus ?
Antoine : Bah oui comme Tony Hawk dans le skate : Ryan Williams, Max Peters, Terry Price, Matt McKeen…

Et est-ce que vous sentez qu’il y a une culture ride ?
David : Pour moi la culture elle passe par les tricks, qui sont un mélange entre le skate et le BMX.
Antoine : Oui et il y a aussi des marques. En ce moment vu que le sport se développe, il y en a de plus en plus…
Max : Et il y a pas mal de gars qui passent du BMX à la trott.

C’est toujours les ricains qui sont en avance ?
Antoine : Non il y aussi des Australiens et des Français. Le top 3 c’est un Américain, un Français et Australien.

Et niveau matos ?
David : C’est comme pour le skate, t’as du matos pourri et du matos parfait, sinon t’as du bon matos.

Je lui demande si on peut commencer avec une trottinette “normale” en alu.
David et Antoine : Haha, une JD Bug.
Antoine : Oui, beaucoup commence comme ça !

L’anatomie d’une trott, c’est un mélange encore une fois : un guidon monobloc non réglable, un jeu de direction de BMX, et un grip et des roulements de skate.
Décath a flairé le coup et a sorti une trotti freestyle, Maxime ride avec et apparemment “elle va bien”.

En gros ça va de 140 à 600 balles et quand je demande s’il y a un endroit où on peut s’en procurer à Dijon, je reçois un
“y’a rien” à l’unisson. Si tu veux une trott, tu la commandes sur le net, déjà montée ou pièces par pièces. Contrairement à la culture fixie, très peu de costum chez les trotteurs, David me dit que “tu peux toujours mettre des stickers de beaufs !” en rigolant. Et pendant qu’on parle des fixies, je leur demande si c’est la honte d’utiliser un frein.

David : Si tu l’enlève tu passes pour un con ! Ça sert pour certains tricks et pour se placer sur la rampe. Et puis pour la sécu c’est mieux, moi j’aime bien aller vite mais des fois t’as besoin de freiner.

(Attention : les fixies ne doivent pas en prendre de la graine.)

En gros la trotti c’est un sport récent et hybride, un nouveau marché et du fun pour les djeuns du Team Evasion qui vont organiser une grosse soirée à Perrigny avec un contest trott/skate, de la zic et de la bouffe pour ceux qui veulent rester, on a le temps de voir venir mais ça sera le 29 avril à Perrigny, rue de la Tourelle (à côté de l’école primaire).

“Throw your homework to the fire and go [ride a scooter]“.

xAnthonyx

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Facebook Team Evasion.
Vidz Ryan Williams.


3 Comments

  1. Kei

    Ah ah ah ça me donne vraiment envie d’aller rider au park pour voir ça, mais ça me rappel surtout mes jeunes années avant d’avoir du matos, on prend ce qu’on peut pour “rider”, eux, ont continuer, pourquoi pas !

    Par contre c’est un peu la honte avec les filles non ? ahhaha

  2. la frise

    et sinon avec les meufs, ça cartonne avec une trott ou pas ?????

    • ouma

      moi j’aime bien la trott et je suis une fille

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