Take Shelter : la fin du monde commence au Texas

En cette année 2012 on n’a pas fini d’avoir des visions apocalyptiques. Ça commence déjà fort avec Take Shelter de Jeff Nichols.

Dans un bled paumé du Texas, Curtis, un type à la vie on-ne-peut-plus banale, est rapidement perturbé par de violents cauchemars. Il rêve d’un cataclysme imminent, genre la totale avec pluie colorée, tonnerre, tornade et oiseaux qui tombent. Dans ses “visions”, son chien tente de lui arracher le bras et de vilains gens attaquent sa famille. De quoi devenir totalement parano.

Parlons tout d’abord de l’acteur principal, Michael Shannon. Découvert pour ma part dans Pearl Harbor (Michael Bay rules), j’avais retenu sa tête de type pas net malgré son minuscule rôle du rigolo de service. Dans tous les Michael Bay, quand ce n’est pas Steve Buscemi, il y a toujours un rigolo de service. Heureusement tout le talent de Michael Shannon s’est révélé dans le claustrophobe Bug de William Friedkin, à qui l’on doit L’Exorciste, bref un autre type bien dérangé. Michael Shannon est issu du théâtre et ça se voit. Avec une tronche à la James Cagney, il enchaîne les rôles de cinglé psychotique dans Les Noces Rebelles, The Runaways, l’inédit de Herzog My son my son what have ye done ou encore sur le petit écran dans Boardwalk Empire.

Évidemment, il risque d’être rapidement catalogué de “cinglé de service”. Mais Shannon apporte un degré de folie différent à chacun de ses personnages aussi instables soient-ils. Et Take Shelter ne déroge pas à la règle. Dans ce cas précis, le jeu de Shannon est nettement plus intériorisé, bien qu’on redoute l’explosion à tout moment. Et son angoisse en crescendo est contagieuse. Pour le spectateur en tout cas.

Lubie ou prémonition ?

Take Shelter raconte une lubie, celle d’un homme ou son obsession de reconstruire son abri anti-tempête (d’où le titre du film qui signifie “se mettre à l’abri”). Tout l’intérêt du film est là : s’agit-il d’une lubie ou bien d’une prémonition ? Face à cette crise latente de paranoïa, la femme, incarnée par la ravissante Jessica Chastain de The Tree of Life, tente de comprendre… et nous aussi.

Jeff Nichols prend son temps pour raconter l’arrivée du chaos dans le quotidien. Ce jeune cinéaste s’amuse à brouiller la frontière entre drame psychologique et genre fantastique. Et pour ce faire, nul besoin d’un gros budget.

Take Shelter nous renvoie vers un idéal américain, celui du foyer, de la famille parfaite, menacé de destruction. Le personnage central se laisse gagner par la volonté maladive de protéger son cocon familial. Mais ce qu’il y a de plus troublant dans ce film, ce n’est pas forcément l’interprétation viscérale de son acteur. Plutôt le désir de ne pas poser de limite entre réalité et délire. On se retrouve happé dans les cauchemars avec cette même sensation de réel, de menace sans visage réel. Pourtant Curtis doute de sa santé mentale et tente de se faire soigner (d’autant qu’il y a des antécédents). Outre ces visions effrayantes on retient cette scène géniale dans l’abri tempête avec une tension à son summum (mais je n’en dit pas plus au risque de spoiler). Le final (et surtout la dernière réplique), quelque peu ambiguë, permettra à chacun de faire son interprétation.

Intéressant de voir en tout cas un film qui mélange habilement film indépendant, thriller et cinéma catastrophe, sans que le résultat ne soit complètement ridicule. En ce qui concerne le 7ème art, l’année 2012 commence plutôt bien.

Alice Chappau

Take Shelter, de Jeff Nichols (grand prix au Festival de Deauville et prix “Un certain Regard) au dernier Festival de Cannes.

En ce moment au cinéma Devosge, en VOST.

7 Comments

  1. Gégé

    Au lieu de perdre votre temps devant les navets de Michael Bay, vous pourriez l’hypothéquer devant les films de Terrence Malick. Belle performance en effet d’écrire un article sur Take Shelter sans citer son nom une seule fois ! Faites plaisir à vos lecteurs, oubliez IMDb et commencez par les classiques.

  2. Fabien

    La parenté entre Tree of life et ce film est si évidente que je me demande si elle vaut la peine d’être évoquée. En tout cas, il est vrai que ce long-métrage est une réussite. C’est anxiogène, pas autant que Melancholia mais quand même, et esthétiquement très soignée.

  3. Alice

    @ Gégé : L’ironie vous connaissez? Grande fan de Terrence Malick je considère Tree of life comme mon coup de coeur de 2011. Et je ne comprends pas cette tendance à citer Malick dès qu’un film montre un plan de champ de blé ou s’intéresse aux grands espace. Tree of Life parle de création, de mémoire, contrairement à Take Shelter qui évoque, de façon anxiogène comme vous l’avez dit, une fin du monde perçue par un homme perturbé. Et je n’ai pas eu besoin de consulter Imdb merci, je me souvenais bien de la tête de Michael Shannon dans ce chef d’oeuvre de Michael Bay (ironie encore une fois) ainsi que dans tous les films que j’ai évoqués, tout simplement parce que je les ai vus.

  4. Alice

    erratum : je citais Fabien pour le terme “anxiogène”

  5. Mike Tyson
  6. Moi j’ai trouvé ça un peu, beaucoup, chiant. Ca tourne en rond. Et ça en devient ridicule. Le coup de la maman schizo, les rêves, tout ça c’est un peu trop pour moi. Ca en devient caricatural. Shannon est incroyable mais voilà quoi, il pisse pas plus loin que le bout de son jardin. La dernière demi heure est bien, parce que ça s’accélère un peu, au moment où il craque dans la cantine, l’abri-tempête (ouais là c’est vraiment anxiogène) mais putain 2H et des brouettes pour quoi : un type parano, qui a peur pour les siens et qui cherche à se protéger de la menace. Ou un prophète ? Grosso modo, heureusement que y’avait Jessica Chastain. Comprend pas ce que tout le monde trouve à ce film. C’est beaucoup trop monotone pour la minceur du propos : une longue longue longue descente aux enfers. Et c’est pas son twist final, formellement réussi, qui change véritablement le fond du problème. Ce film est ennuyeux.

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