Enfin de l’action à Dijon ! On commençait à s’emmerder. La polémique du moment, celle qui affole les compteurs et les clics sur les sites d’information du coin, concerne les résultats des élections à l’université de Bourgogne. Entre demande de recomptage des voix, bal des girouettes, mauvaise foi et petites phrases assassines… les choses se passent à fond du côté de la fac.

Aujourd’hui vous l’aurez compris, on va utiliser des mots comme « scrutin », « comité électoral » ou « suffrage » pour composer nos phrases, le genre de truc qui nous embarrasse et nous met mal à l’aise direct (sur la forme hein, pas sur le fond). D’autant plus qu’on n’a ni talent, ni la coolitude des gens des rédactions voisines pour parler de ces choses d’adulte. On va quand même essayer d’être clair, mais vous avez le droit de fermer cette page tout de suite si ce paragraphe n’était pas convaincant.

Avant-match

Pour faire simple, la fac, c’est un gros paquebot qui emploie énormément de monde, dirigé par un conseil d’administration, une présidente (Sophie Béjean) et plein de personnes autour d’elle afin de lui filer un coup de main. Accessoirement, c’est aussi le genre d’endroit cool as hell si t’aimes prendre des cafés toute la journée entouré de petites étudiantes.

La semaine dernière, il a fallu voter pour le renouvellement de toutes ces personnes à haute fonction, 108 au total, réparties dans le conseil d’administration (CA), le conseil scientifique (CS), et le conseil des études et de la vie universitaire (CEVU). C’est super car tout le monde vote, les étudiants, les professeurs, les enseignants-chercheurs et l’ensemble des personnels (bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, ouvriers, de service et de santé).

En résumé, on avait Sophie Béjean (présidente sortante et candidate à sa ré-élection) avec son équipe (la liste « L’université ensemble ») face à la team « Construire l’avenir de notre université dans la concertation » d’Alain Bonnin (vice-président du conseil d’administration de la fac).

Pop-corn party

Là, c’est le moment de mettre le pop-corn au micro-onde et de chopper un coca light. Jeudi dernier, les résultats tombent. Sophie Béjean est battue par son challenger. On vous épargne les pourcentages, les histoires de scrutins et de collèges, c’est barbant, tout est indiqué sur le site de l’université et expliqué dans la presse. Dans la foulée des résultats officiels, le beau Alain Bonnin claque un communiqué pour féliciter ses troupes, parlant de « large majorité ». Le genre d’expression qui n’a pas trop fait kiffer Soph’ Béjean. Cette dernière a donc répliqué ce lundi, en contestant tout bonnement la lecture des résultats et en demandant un recomptage des voix. Selon elle, sa défaite se joue sur 1 seule et minuscule voix : « En  démocratie,  il  est  d’usage  de  féliciter  le  gagnant  et  lui  souhaiter  pleine  réussite… à condition bien sûr qu’aucun doute ne subsiste. Car en démocratie, il est aussi d’usage de recompter quand 1 seule voix sépare le gagnant du perdant ».

Problème, Alain Bonnin estime de son côté qu’il n’y a pas 1 voix d’écart, mais 101 ! Chacun des deux boxeurs y va de son interprétation des résultats. Et puis pas question de recompter, c’est niet pour Alain Bonnin, tout s’est fait dans les règles, le décompte a été accepté par tout le monde le jour-même. Bref, l’ambiance est aussi froide qu’à un Boulogne – Châteauroux un soir de janvier. Ça commence à se fritter par petits caviars distillés ici et là. Sophie Béjean a les boules : « La personnalisation pour faire croire que la démocratie universitaire se réduit au “combat des chefs” n’est pas reluisante… quand elle amène à occulter 30% des votants, ceux qui ont soutenu les listes syndicales. Cela préjuge d’une bonne entrée en matière pour le travail “concerté” avec les syndicats… » (source). Pendant ce temps, Alain Bonnin la joue rassembleur et se poste au dessus de la mêlée : « Pour nous, l’heure n’est plus aux attaques ni aux disputes, mais au rassemblement de la communauté universitaire ».

S02E07_DVDRIP_Le prochain épisode

Que va-t-il se passer ensuite ? On se le demande bien, chers lecteurs. C’est le bordel, même si on imagine plutôt Sophie Béjean revenir à la raison et accepter cette défaite. Preuve de ce flou et de cette nappe brumeuse qui flotte au dessus de l’université, la communication étrange (ou mal ajustée) de certains proches au candidat Alain Bonin. Je vous parle par exemple de Sylvain Comparot, ancien conseiller spécial de la présidente Sophie Béjean et aujourd’hui soutien de poids pour Alain Bonnin, qui avait montré sa satisfaction sur Facebook en lâchant un post de joie suite aux résultats. Rien d’anormal a priori. Sauf que finalement, ce fameux message ainsi que les différents commentaires relatifs ont été supprimés quelques jours plus tard. Tristesse. Mais en fait, ça disait quoi sur ce mur Facebook qui est -pour info- visible publiquement pour peu que vous ayez un compte. Pas grand-chose en fin de compte. Sylvain Comparot se félicitait de la victoire d’Alain Bonnin (comme ici sur Twitter), qualifié d’homme « de dialogue », et expliquait que l’université avait besoin de cela pour son avenir, tout en saluant le travail et la compétence de l’actuelle présidente. Ou l’art de poser un vilain tacle sans oublier de relever l’adversaire avec sa cheville en miette. Alors, incertitude quant aux prochains épisodes ou simple maladresse ? Dans tous les cas, pas sûr que Sophie Béjean aurait liké.

Thierry Relent