VIANDE HALAL, TRAMWAY, CULTURE & RÉSEAUX SOCIAUX : ENTRETIEN FLEUVE AVEC KAREN PATOUILLET

A un mois et demi de l’élection présidentielle, voilà qu’on commence à se barrer en vrille. Jusque là sujet très peu présent sur Sparse, la politique fait une entrée fracassante dans nos colonnes avec une série d’entretiens exclusifs avec des personnalités, moments de discussion dédiés à l’actualité nationale, à la vie locale, mais aussi à ces petites futilités qu’on adore aborder. TMTC.

La première interview a été réalisée en début de semaine avec Karen Patouillet, jeune chef d’entreprise dijonnaise et responsable des Jeunes actifs UMP de Côte d’Or. Suite à quelques tacles échangés cordialement sur Twitter en rapport à la polémique liée à la viande halal, on a voulu connaître plus précisément son avis sur les propos de Claude Guéant, la campagne en générale, la question du tramway et l’offre culturelle à Dijon. Autant vous dire que Karen est remontée comme un coucou.


(à droite, Karen Patouillet lors du Campus UMP de septembre dernier, où elle présentait
la Web TV de l’UMP. Prends ça, Philippe Risoli)

 

C’est quoi, en fait, les Jeunes actifs ?
C’est les jeunes trentenaires / quadra qui ont souvent moins de temps pour s’engager dans la vie politique et qui cherchent un engagement un peu différent d’un engagement militant classique (collage, tractage). Eux cherchent à pouvoir être en contact différemment avec les élus, à pouvoir visiter les entreprises locales, être en contact avec la réalité de l’économie locale. Donc ce qu’on essaie de faire, c’est des moments politiques mais toujours un peu différents. Des visites d’entreprises avec des élus…

Et c’est un mouvement uniquement local ?
Non le mouvement s’est mis en place au niveau national.

Alors il y a les Jeunes pop jusqu’à 29 ans, et ensuite c’est les Jeunes actifs, c’est ça ?
Oui c’est un peu ça, exactement. Ça s’est mis en place au niveau national il y a un an et demi à peu près. Et là, les trois quarts des départements français sont couverts par un responsable donc on commence à s’organiser de manière analogue aux Jeunes pop mais avec des actions différentes, qui correspondent à la tranche d’âge.

Et votre boite, c’est quoi ?
C’est l’agence EnCom’Un, une société que j’ai créée il y a 8 mois. Je fais de la communication institutionnelle, beaucoup de rédactionnel sur tous types de supports. Ça va du discours au rédactionnel Web en passant par tout ce qui est classique, plaquettes, dossiers de presse, fiches de présentation… tout ce qu’on peut imaginer rédiger. Je travaille aussi bien pour des entreprises sur de la communication corporate qu’un peu pour des politiques aussi de temps en temps avec un volet média training.

Donc c’est le réseau des Jeunes actifs qui aide un peu à chopper des clients ?
C’est le réseau d’avant. J’ai travaillé 8 ans en cabinet ministériel auparavant, pour différents ministres, notamment Michel Barnier, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse. Donc voilà, j’ai décidé de changer un peu de métier tout en restant dans la même branche, et de me laisser plus de temps pour m’engager politiquement parce qu’avoir une entreprise c’est beaucoup de temps pour l’entreprise et pour les clients mais c’est aussi parfois une flexibilité plus simple pour l’agenda personnel.

Vous êtes toute seule dans cette entreprise ?
Oui, tout à fait.

Et les affaires tournent bien ?
Ça fonctionne pas mal, ouais ouais.

Vous bossez sur quoi par exemple en ce moment ?
En ce moment beaucoup sur la campagne présidentielle, je vous le cache pas. J’ai quelques députés et parlementaires en clients, pas du tout en Côte d’Or du reste. Mais aussi des entreprises privées, des think tank juridiques… c’est très diversifié. Mais c’est passionnant.

Comment ça vous est venu cet engagement politique ? C’est familial ?
Absolument pas, personne dans ma famille ne fait de politique. Moi ça m’est venu à l’âge de 11 ans. Je suis originaire de Haute-Savoie et on a eu la chance d’avoir ce moment fort, les Jeux Olympiques d’Albertville, qui a vraiment restructuré le territoire avec un homme qui a fait beaucoup pour ce territoire et autour des JO qui est Michel Barnier. Et ce jour là, je me suis dis, je ne sais pas ce que c’est que son métier mais je veux faire exactement la même chose. Donc j’ai jamais lâché, j’ai eu la chance de travailler pour lui après, et je me suis engagée d’abord au RPR en tant que sympathisante, j’étais pas forcément encartée. Et puis à l’UMP quand Nicolas Sarkozy a repris le parti, c’était vraiment la révélation. Nicolas Sarkozy a tout de suite mis en avant les valeurs de travail, d’effort, de mérite… moi j’étais boursière de l’Etat donc j’ai fait une prépa, j’ai fait Sciences Po grâce à l’école républicaine. La réussite républicaine ça me parle complètement et son discours d’investiture au Bourget en 2004 était révélateur, j’ai pris ma carte à ce moment là. Et donc depuis l’aventure continue !

Ok donc c’est lié à vos valeurs personnelles, vous vous retrouvez plus à l’UMP ?
Complètement, mes parents n’étaient pas forcément engagés politiquement, d’ailleurs ils étaient plutôt de sensibilité de gauche.

Et c’est toujours le cas ?
Ça a changé ! (rires) Ma force de conviction a fait que ça a changé. Disons qu’après on a eu des débats sur le fond, ils m’ont posé des questions. « Pourquoi t’as choisi cette orientation là plutôt qu’une autre ? » Donc quand explique, quand on décrypte un peu les discours politiques et puis quand on travaille pour des hommes politiques évidemment ils se mettent à regarder vos patrons à la télé, la perception change et forcément j’ai réussi à les convaincre. J’ai fait deux électeurs de plus pour l’UMP !

 

“Il y a une chose que je ne peux
pas supporter, c’est l’assistanat”

 

Question redondante un peu du coup, mais pourquoi la gauche ne vous a pas attirée ?
Parce que si vous voulez, y’a une chose que je ne peux pas supporter, c’est l’assistanat. Pour moi, en ligne directrice de l’ensemble des projets de la gauche, le travail et le mérite ne sont pas suffisamment valorisés. On est dans une dynamique où on assiste sans accompagner, où on promeut certes la solidarité –ce que je réprouve pas- mais en tout cas pas suffisamment la responsabilité, pas suffisamment l’engagement. Et pour le coup pour moi, il manque vraiment au cœur du projet de la gauche les valeurs de travail et de responsabilité, de mérite et d’effort. C’est ce qui fait toute la différence, cette question des valeurs. C’est toute la thématique présidentielle en ce moment. L’engagement sur des valeurs qui sont particulièrement différentes et clivantes. On le voit, entre la gauche et la droite on n’est pas du tout dans le même schéma. A droite on a les valeurs de travail, de solidarité, de responsabilité… et à gauche on est avec différentes propositions du candidat socialiste qui sont particulièrement parlantes : sur la question de la création des emplois dans la fonction publique, sur la question de la suppression des emplois dans le nucléaire… On est sur des débats qui sont, à mon sens, vraiment révélateurs d’un projet de société. François Hollande est l’ennemi d’un certain nombre de valeurs : l’entreprenariat, les gens qui créent de la richesse. On n’est pas sur la même vision de la société, et leur vision de la société n’est pas la mienne.

Et il propose quoi Nicolas Sarkozy pour remédier à ce mal de la société que représente, selon vous, l’assistanat ?
Si vous voulez il y a eu des engagements forts durant ce quinquennat et qui vont se poursuivre. Je pense par exemple à la question du RSA qui a été crée pendant le quinquennat (ndlr : le RSA remplace le RMI, crée en 1988 sous Rocard). Le RSA tel qu’il est en place aujourd’hui est de plus en plus tourné vers le travail. On a donc le RSA socle et le RSA chapeau. Le RSA socle pour les personnes qui n’ont pas d’emploi et le RSA chapeau pour les personnes qui reprennent un emploi et qui sont accompagnées financièrement pour que le travail et la reprise d’un emploi ne rémunèrent pas moins que le fait de rester au chômage. Aujourd’hui une mesure comme celle-ci, avec les propositions qu’a fait encore récemment le président de la République d’un certain nombre d’heures de travail obligatoires en contrepartie du RSA, sont des valeurs qui me semblent particulièrement parlantes. D’autres, pour les jeunes, avec la mise en place d’un service civique. Un jeune qui peut être gratifié pour son engagement au sein d’une association, d’une collectivité, auprès des personnes âgées, des personnes handicapées, qui s’engage dans l’emploi, dans la vie active et qui en échange reçoit une gratification. On a aussi la question de la rémunération des stages : un stage de 3 mois est obligatoirement aujourd’hui gratifié. Quand un jeune s’engage, il reçoit en contrepartie une reconnaissance. Alors vous allez me dire qu’il y a un problème avec les stages moins longs (ndlr : qui sont non rémunérés) mais aujourd’hui ça permet de réglementer les stages et de plus faire en sorte qu’on prenne des CDD d’arrangement sur un mois ou deux. On a les stages de 3 mois, on a les stages obligatoires, on a les stages rémunérés… On a toute une série de mesures pour le travail et l’emploi. La défiscalisation des heures supplémentaires aujourd’hui c’est 9 millions de salariés en plus qui gagnent 450 euros en plus par an. Ça n’existait pas avant, ça a fait ses preuves sur le terrain et du reste je crois que le candidat Hollande a souligné qu’il n’était pas pour le fait de les supprimer entièrement. Donc à un moment donné y’a le pragmatisme et la réalité du terrain, et puis il y a les propositions en face qui sont des propositions soit de refus purement et simplement des réformes engagées au préalable, soit de suppression des dispositifs existants qui fonctionnent sans forcément afficher de dispositifs équivalents. Si, le retour aux emplois jeunes, le retour aux emplois aidés, je veux dire on n’a ni les moyens de se le permettre, et c’est pas, je crois ce, qu’attend la jeunesse et ce qu’attendent les Français.

Nicolas Sarkozy a dit que la viande halal était le premier sujet de préoccupation des Français, alors que toutes les enquêtes montrent que les Français sont plutôt concernés par la question de l’emploi ou du pouvoir d’achat. Vous aussi vous pensez que la viande halal est le premier sujet de préoccupation des Français ?
Alors je vais vous expliquer ce qu’il s’est passé autour de cette phrase. Toutes les semaines, vous le savez, il y a une série de sondages et d’enquêtes sur les préoccupations des Français, et là vous avez raison en premier lieu il y a l’emploi, le pouvoir d’achat. Et puis il y a d’autres types d’enquêtes et d’études qui sont liées au « bruit médiatique » et aux sujets dont les Français ont le plus parlé au cours de la dernière quinzaine ou au cours de la dernière semaine. Au cours de la dernière quinzaine, la viande halal a été parmi les sujets les plus discutés par les Français.

Ouais, ok. Mais les mots employés par Nicolas Sarkozy sont : « premier sujet de préoccupation des Français » et non pas « premier sujet de discussion »
Je sais, alors le mot était sans doute mal choisi, mais la réalité des choses est que la viande halal a été parmi les sujets les plus discutés par les Français sur les quinze derniers jours. C’est comme ça qu’il faut comprendre la phrase. Voilà, effectivement, c’est pas le premier sujet de préoccupation des Français. Après, est-ce que parmi les sujets de préoccupation des Français il y a le fait de savoir si l’école républicaine garantira la laïcité, si tous les élèves auront les mêmes menus dans les cantines, si on ne va pas stigmatiser pour telles ou telles croyances ou appartenances religieuses… je pense que si. C’est peut-être pas, effectivement, dans leurs préoccupations, classé de la même manière que le travail, l’emploi ou le pouvoir d’achat mais je pense que ça arrive quand même parmi les préoccupations qui sont en tête : la question de la laïcité, du respect de la laïcité à l’école notamment, c’est un sujet de préoccupation pour beaucoup de parents d’élèves aujourd’hui. Bon après, je vous dis, il faut distinguer les enquêtes sur le bruit médiatique sur les sujets les plus discutés et les enquêtes d’opinion qui mettent bien logiquement, et on est une des seules formations politiques à y répondre, l’emploi et le pouvoir d’achat au cœur des préoccupations des Français.

Vous pensez que si Claude Guéant n’avait pas fait le lien entre le droit de vote accordé aux extra-communautaires et la viande halal dans les cantines, les gens en auraient parlé autant ?
Non, mais vous savez, c’est pas Claude Guéant qui a mis le sujet dans la campagne, c’est Marine Le Pen. Effectivement après il y a eu une série de réactions en chaine sur cette thématique là parce que ce qu’elle a dit était faux et on ne pouvait pas laisser dire des choses pareil sur la production de viande halal en Ile-de-France (ndlr : Marine Le Pen a affirmé que 100% de la viande distribuée en région parisienne était exclusivement halal). Le président de la République et l’ensemble de l’équipe se devaient de réagir sur ce type de sujet, notamment le ministère de l’alimentation et de l’agriculture. Derrière effectivement, il y a eu une série de propos… euh… moi ce qui est clair, c’est que à ce stade…

…Mais faire un lien entre le vote extra communautaire et la viande halal qui pourrait se retrouver dans les cantines, c’est pas du grattage vers l’extrême droite ?
Écoutez, le débat sur la droitisation de la campagne…

Non ma question ne porte pas sur la campagne mais sur ce point précis, ce lien.
Encore une fois je pense que la phrase a été sortie de son contexte. Je pense que ce qui est important de retenir dans cette histoire, c’est qu’on n’est effectivement pas pour le droit de vote des étrangers aux élections locales parce que le parti socialiste le propose pour des mauvaises raisons. Il le propose pour des raisons d’électoralisme pur et simple. C’est François Rebsamen d’ailleurs qui a mis le sujet sur la table en premier puisque cette proposition de loi là fait partie des trois premières propositions qu’il a portées en tant que président du groupe PS au Sénat quand il est arrivé à cette responsabilité. Nous ce qu’on veut dire clairement et fermement, c’est que cette proposition de loi est portée par le PS pour des raisons électoralistes et que surtout elle n’est effectivement pas entendable. On peut pas se permettre de dire “on va donner le droit de vote et d’éligibilité à des gens qui n’ont pas la nationalité française” , avec derrière quelles conséquences en termes de politique d’immigration en France ? Si on leur donne le droit de vote, pourquoi est-ce qu’ils n’auraient pas la nationalité ? La nationalité ne peut pas arriver par le droit de vote. La nationalité c’est une démarche de citoyenneté française, c’est une démarche volontariste qui se fait selon des critères, un engagement de résidence en France. Bon là je sais qu’il y a 5 ans de résidence en France pour le droit de vote mais je pense qu’il faut pas raccourcir les débats non plus, et qu’on nous accuse de raccourcir les débats mais en mettant sur la table cette proposition, le PS raccourcit aussi tout le débat sur la politique d’immigration en France. Faut pas rêver, c’est de la régularisation derrière. Des étrangers communautaires peuvent déjà participer à des élections locales, sur le reste, il faut quand même que le PS nous explique là où ils vont en terme de politique d’immigration parce que crier sur tous les toits « non, non, on n’est pas pour les régularisations » mais sans expliquer vers quoi on va c’est facile. Et cette proposition là, moi je ne suis effectivement pas pour parce que je pense qu’elle a des implications beaucoup plus complexes et profondes en termes de modèle de société que le simple droit de vote à une élection locale et qu’un simple droit d’éligibilité.

Vous pensez quoi du fait qu’on associe souvent Sarkozy au président des riches ?
Il faut arrêter ! Si on veut parler des riches de gauche et de la gauche caviar on peut aussi. Et d’ailleurs vous voyez j’ai même pas envie de le faire parce qu’en tout état de cause c’est pas le débat et…

Bon là vous venez d’en parler quand même hein.
Non mais voilà, je crois que ce n’est pas la préoccupation des Français.

Sans que ce soit une histoire de préoccupation, il y a eu quand même des choses qui se sont passées…
C’est lié aussi au style et à certaines erreurs du début de la présidence qu’on reconnaît bien volontiers et que le président a lui-même reconnues. Il a pu expliquer que c’était lié aussi à un contexte et à un moment de sa vie personnelle qui n’était pas forcément évident et voilà. Si vous voulez, moi je trouve que c’est un non débat. Parce qu’il n’y a pas de président des riches, président des pauvres, enfin, on est président de tous les Français donc c’est quoi cette histoire ? Quand le président de la République met en place toute une série de dispositifs, typiquement le RSA pour les plus démunis (ndlr again : le RSA remplace le RMI, crée en 1988 sous Rocard), qu’on essaie de faire en sorte de redonner de l’emploi, redonner des moyens à Pôle Emploi pour accompagner, qu’on parle de la formation professionnelle des chômeurs… on parle pas des riches là. On est auprès de tous les Français pour régler les problèmes les plus immédiats. Je veux dire c’est un peu facile. La gauche a des amis, riches et pauvres aussi, on les a vus aux meetings de François Hollande, ça suffit quoi !

Et sans forcément comparer avec la gauche…
Oui mais c’est parce que la gauche nous accuse donc il faut bien répondre.

Il y a eu pas mal d’histoires qui ont éclaté dans les médias sans que ce soit la gauche qui accuse personnellement. Et en période de crise ça fait désordre.
Oui enfin on a vu M. Hollande aussi diner dernièrement dans un restaurant encore plus cher que le Fouquet’s avec des intellectuels parisiens donc voilà, à la limite ça peut choquer aussi. Personne n’est allé dire que François Hollande était président des riches. Il faut pas faire deux poids deux mesures non plus.

 

“On veut tuer le centre-ville
de Dijon ?”

 

On va à présent parler d’un grand sujet dijonnais. C’est quoi votre problème avec le tramway ?
Alors moi j’ai pas de problème avec le tramway. J’ai d’autant moins de problème et je le dis très clairement car quand suis arrivée à Dijon, tout était voté, les travaux étaient en route, on savait qu’on aurait le tramway. Moi j’habite sur le tracé, c’est pas drôle tous les jours en termes de travaux. Je pense que maintenant que le dispositif est là, il faut voir les choses comme elles sont et essayer de faire en sorte que ça serve le plus Dijon, son image, son accessibilité, etc. A la limite, le sujet qu’on a avec le tramway, c’est l’accessibilité autour. C’est tout ce que ça implique en termes de stationnement et de complexité de circulation à Dijon.

Pendant les travaux ?
Après, même. Moi j’habite boulevard de Brosses pour être claire. Vous le voyez bien aujourd’hui il n’y a plus de place de stationnement, les places qu’on a aujourd’hui on ne les aura plus demain non plus. Les gens se garent un peu n’importe comment sur les trottoirs, les mamans ne peuvent plus passer avec leur poussette, les personnes âgées ne peuvent plus circuler. Et demain on aura une voie de circulation de moins et en plus on sera en sens unique. Vous voyez ce que je veux dire, il y a tout un enjeu derrière en termes d’accessibilité au centre-ville où je trouve un peu dommage qu’on bannisse totalement la voiture. Et qu’on n’offre pas en plus aux dijonnais des moyens de stationnement complémentaires qui permettraient peut-être de prendre le tramway, en tout cas de l’emprunter davantage, tout en pouvant quand même se garer. Parce qu’il faut pas rêver, les dijonnais sont aussi attachés à pouvoir se déplacer en voiture. Vous le savez comme moi, la voiture fait partie de la vie quotidienne des gens dans une ville telle que Dijon. Je trouve qu’on n’a pas assez imaginé en parallèle des dispositifs pour faire en sorte que le gens puissent ne pas être gênés dans leur pratique quotidienne et puissent garer leur voiture tout en venant au centre-ville pourquoi pas à pied, etc. La piétonisation, j’y suis plutôt favorable…

Mettre un peu de côté la voiture, ralentir son utilisation, c’est peut être pas si mal non ? Surtout dans une période où le prix de l’essence flambe, sans parler des effets sur la pollution…
Mais attendez, vous allez garer votre voiture à Chenôve pour venir en ville ?

Ma question était plus globale, c’est aussi peut-être par ce genre de dispositif qu’on fait un peu bouger les comportements en termes de transport.
Encore une fois, moi je suis à 200% pour la piétonisation du centre-ville. Les villes où c’est le cas, c’est très agréable à vivre. Mais derrière il faut mettre un peu de moyens, il faut des parkings, il faut encore tout ce qui va autour.

Donc il faudrait construire des parkings ?
Oui, on l’a redit. L’opposition municipale l’a dit de nombreuses fois au début du lancement du projet. On a un vrai problème de stationnement et de circulation à Dijon. Et on va l’avoir de manière claire et sur la durée. Les gens vont se garer où ? Il n’y a plus la place de la République. On va demander aux dijonnais de se garer en dehors de Dijon pour venir dans Dijon ? Moralité : je pense qu’en termes d’impact commercial sur le centre-ville, il va y avoir un vrai problème. Les gens ne vont plus arriver à rentrer au centre-ville donc ils vont mécaniquement moins fréquenter le centre-ville. Et d’ailleurs les projets du Maire s’imbriquent assez bien : l’extension de la Toison d’Or va de pair avec le fait qu’on supprime les voitures au centre-ville. Mais qu’est-ce qu’on dit derrière aux commerçants dijonnais ? On veut quoi, on veut tuer le centre-ville ? C’est quoi l’objectif ?

Nan mais c’est pas parce qu’il n’y aura « plus de voiture » au centre-ville que les gens ne vont plus aller dans les commerces.
Et bien il va y avoir un impact quand même. Si vous ne pouvez plus aller au centre-ville, que vous avez deux enfants, que vous ne pouvez plus venir vous garer comme vous voulez, qu’il faut monter dans le tramway, monter la poussette, redescendre, vous êtes une personne âgée, vous êtes peut-être pas sur le tracé, un de vos proches ne peut pas venir vous chercher chez vous pour vous déposer dans la petite boutique du centre ville, vous faites quoi, vous faites comment ?

 

(lors de la visite de Xavier Bertrand en Côte d’or. Photo de famille)

 

Quel est votre point de vue sur l’offre culturelle à Dijon ?
Je trouve qu’il n’y a pas de cohérence globale. Alors, il y a de très belles choses qui sont faites, avec l’Opéra, la Péniche Cancale fait des choses très sympas aussi… mais je trouve que c’est assez disparate et qu’on ne se donne pas les moyens de faire de Dijon une ville culturelle au sens propre. Il manque un grand rendez-vous qui fasse que les gens identifient Dijon comme une ville engagée pour la culture. Mais encore une fois, je vais souvent à l’Opéra et il y a vraiment de très belles choses qui mériteraient d’être davantage valorisées. Dijon n’a pas l’image d’une ville culturelle. Et pour ça je pense qu’il faut un projet fort, articulé autour de moments qui soient identifiés nationalement.

Comme avec Avignon et son festival par exemple ?
Exactement, un festival qui puisse permettre de faire en sorte que Dijon soit pleinement identifiée. L’opposition municipale avait proposé que Dijon soit candidate pour être capitale européenne de la culture, comme Marseille. Le Maire n’a pas souhaité porter le projet en question mais je pense que ça mérite d’être repensé un peu. Y’a de très belles choses faites individuellement, souvent méconnues du reste parce qu’on glane les infos ici et là… y’a vraiment un manque de cohérence, de vision globale et d’engagement sur la politique culturelle. Et c’est dommage parce qu’on a quelques infrastructures qui peuvent porter la politique culturelle à Dijon. Je pense à quelque chose qui s’est fait à Chaumont, donc pas très loin d’ici, le Centre Pompidou mobile. En fait le Centre Pompidou délocalise une trentaine de toiles de maître partout en France pour faire en sorte que la culture soit plus accessible, enfin en tout cas les expos qu’on voit pas assez, qu’on n’a pas l’occasion d’aller voir quand on habite en province… le Centre Pompidou les délocalise en régions. Pourquoi Dijon ne s’est pas portée candidate pour accueillir le Centre Pompidou mobile par exemple ?

Ouais, enfin c’est pas ça qui aurait fait de Dijon une ville culturelle connue nationalement comme vous le souhaiteriez.
Non mais il faut travailler sur un projet global. Je pense que les assises de la culture qui ont été mises en place par la municipalité n’ont pas permis de ressortir un véritable axe directeur. Il faut imaginer le projet global d’un festival à Dijon je pense. Dijon a une tradition notamment dans la musique électronique… pourquoi pas, ça peut être un angle. Un angle plus « jeune », peut-être pas totalement grand public mais en tout cas ça permettrait de la faire rayonner. Il y a 10 ou 15 ans de ça, Dijon était connue même jusqu’à Londres, en Allemagne, les gens venaient parce qu’il y avait l’An-fer sur le plan de la musique électronique, il y avait Teknet, il y avait des gens qui faisaient vivre l’histoire. Je pense qu’il faut imaginer quelque chose de ce type là, où on puisse encore faire parler de Dijon comme une capitale européenne de la culture dans un domaine précis. Ça participe du rayonnement. Quand vous dites que « le projet du Centre Pompidou mobile n’aurait pas permis de… », oui certes, mais il faut quand même essayer de faire venir à nous des projets qui nous dépassent un peu, qui fassent en sorte que les gens du département ou de la région viennent à Dijon pour un projet culturel. Aujourd’hui le musée des Beaux-Arts ne drainent pas suffisamment… Bon c’est bien on amène les Pleurants à travers le monde, mais bon…

Et sur un événement comme le concert de rentrée, vous pensez qu’il n’y a pas des gens du département qui viennent spécialement à Dijon ?
Si, c’est positif, le concert de rentrée est un événement très sympa. Mais je veux dire c’est pas structurant, il n’y a pas une ligne directrice sur le concert de rentrée, vous n’avez pas un type de musique choisie et valorisée chaque année. Voilà, c’est un concert de rentrée offert aux dijonnais, c’est très bien. Mais là encore, est-ce que ça permet d’afficher Dijon comme une ville qui rayonne sur le plan culturel et national, je ne suis pas sûre. Je pense qu’aujourd’hui on a affaire à un saupoudrage de l’action culturelle et que tout ça mérite d’être structuré de manière un peu plus cohérente autour de nos atouts et autour d’une ou deux priorités qui permettraient de faire rayonner la ville. Et puis pourquoi pas, je vous l’ai dis, une candidature pour être capitale européenne de la culture.

 

“Humour de droite ? Ils faut admettre
qu’ils sont bons”

 

Parlons Twitter. Je vais vous citer des personnalités présentes sur ce réseau social, et vous allez me dire ce que vous en pensez, si vous aimez ou pas. En gros, vous followez, ou vous unfollowez. Pour commencer, Nathalie Kosciusko-Morizet ?
Je la follow, je vous le confirme (rires). C’est une femme politique d’engagement que je connais depuis longtemps, qui apporte beaucoup à la vision de la société et au projet développé aujourd’hui par le président. C’est une femme de parole, d’engagement et quelqu’un qui va compter dans la classe politique dans les prochaines décennies.

Eric Besson ?
Je le follow aussi je crois. Alors bon, il a tendance à être sur des tweets parfois un peu trop… militants et pas assez ministériels. On aimerait qu’il se positionne davantage sur des sujets de politique nationale. Je pense que l’utilisation de Twitter en politique doit être adaptée aussi à l’engagement qu’on a.

Ouais, mais faudrait pas oublier que Twitter est un réseau « social ». Quand je vois certains sympathisants ou militants qui ne font que retweeter en masse, mettre en place des robots pour diffuser largement des infos sans échange, ou ne répondent tout simplement pas quand ça les dérange, c’est ridicule et pour le coup totalement déshumanisant. Et Éric Besson a une utilisation assez naturelle de l’outil (même s’il évite soigneusement les sujets sensibles) qu’on soit d’accord ou pas avec ses idées.
Oui déjà parce qu’il le fait de lui-même, et il le fait très directement. Moi ce que je dis simplement, c’est que quand on a des responsabilités ministérielles, il faut aussi faire attention au nombre de tweets par jour, à la manière dont on tweete, etc. Je suis pas fan des ministres qui tweetent trop, je pense qu’il faut choisir ses prises de paroles. Quand on est militant et qu’on travaille dans le milieu, on peut s’amuser à passer du temps sur Twitter parce que ça devient quasiment un métier ou un engagement politique. Après quand on prend certaines responsabilités, je suis pour la mesure sur Twitter. Moi effectivement j’ai du temps pour le faire donc j’y suis beaucoup.

Mais donc au final moins d’échange.
Pas forcément, parce qu’on arrive à avoir des échanges avec ceux déjà qui tweetent « en vrai » si je peux me permettre, avec des gens qui sont pas derrière un robot comme vous dites, parce qu’il y a effectivement trop de systématisme dans certains comptes Twitter qui font que ça perd un peu de l’intérêt. Mais on a des militants qui viennent nous poser des questions, on a des journalistes aussi, vous en êtes la preuve, si on est là aujourd’hui c’est parce qu’il y a Twitter. Donc on a des journalistes qui viennent nous poser des questions, on a des échanges assez directs aussi et je trouve ça assez intéressant. Moi je le prends à la fois comme un fil d’infos et comme un réseau social. Ça permet d’avoir un certain nombre d’infos en exclusivité donc c’est toujours intéressant. Et comme un réseau social pour arriver à cerner le positionnement de certains… J’aime beaucoup suivre les clubs de pensée, les think tank, les journalistes pour voir un peu comment ils se positionnent par rapport à la campagne présidentielle, lire leurs billets d’humeur sur tel ou tel sujet du jour. Je trouve ça plutôt sympa de ce point de vue là.

Humour de droite ?
(long silence…) Ils ont beaucoup d’humour ! Il faut admettre qu’ils sont plutôt bons. Enfin, bon, ils ne sont pas de droite comme l’indique le nom…

…Vous les suivez ?
Je crois pas, je sais même plus… non je crois pas. Mais je pense que je les ai dans ma tweet-liste. Il faut avoir de l’humour mais il faut aussi raison garder dans l’humour, donc non je follow pas.

Samuel Laffont (UNI) ?
Oui je le follow, il fait partie des militants très actifs sur Twitter et je pense qu’on a besoin de gens pour défendre les idées du mouvement, des jeunes, de l’UNI qui fait un gros boulot dans les facs et on a besoin d’eux pour la levée en masse dont on parle et pour l’action militante sur les réseaux sociaux comme sur le terrain.

Vous êtes plutôt contente du boulot de l’UNI apparemment alors qu’en privé certaines personnalités politiques de l’UMP ne seraient pas si satisfaites que ça concernant cette branche étudiante.
Alors euh… honnêtement moi j’ai rarement entendu des critiques vraiment justifiées sur l’UNI à mon sens. C’est des gens qui font le job, qui sont toujours là quand on a besoin d’eux et qui sont très mobilisables.

De la bonne main d’œuvre quoi.
Au delà de ça, ils sont vraiment là pour défendre, dans les facs, à chaque fois qu’il y a un souci, un enjeu ou un débat, ils sont là pour faire le job. Pour mobiliser aussi. Honnêtement, moi j’ai rien à redire sur l’UNI à ce stade, on est très complémentaires.

Aurore Bergé ?
Oui, bien sur, on se connaît bien avec Aurore, je la follow évidemment. Elle est responsable aussi des Jeunes actifs dans les Yvelines et on fait partie de la petite équipe des Jeunes actifs qui s’engagent pour cette campagne présidentielle. Elle fait partie des jeunes femmes qui montent !

Enfin, la star des Jeunes pop, Benjamin Lancar ?
Oui Benjamin, c’est le président des Jeunes populaires, évidemment on se follow. C’est quelqu’un qui s’est beaucoup engagé depuis de nombreuses années pour fédérer les jeunes au niveau national. Il mène effectivement encore aujourd’hui une très belle campagne, il est même candidat aux élections législatives à Paris.

Pour achever cette interview, je propose qu’on aborde en vitesse vos goûts. Vous aimez la musique alors ?
Oui, beaucoup. Je me permets d’ailleurs de faire un petit clin d’œil à Radio Campus qui fait vraiment du bon boulot, notamment le vendredi soir avec deux DJ dijonnais, Nico et P’tit Luc.

C’est le samedi soir en fait eux.
Ah, c’est le samedi ! Je suis nulle ! Donc voilà, un petit clin d’œil à l’équipe du samedi soir avec Vaness’. Et au job aussi que fait la Péniche Cancale, la Vapeur aussi fait des belles choses. Enfin voilà j’écoute de tout mais surtout de la musique électro.

Dernier disque acheté ?
… je pense que ça doit être Adele le dernier que j’ai acheté.

Dernier concert ?
Mon dieu ça remonte à loin… j’ai pas beaucoup de temps ! Ah je suis allée voir M à Dijon l’année dernière.

Dernier film vu ?
Intouchables.

Votre quartier préféré de Dijon ?
Le cœur de ville ! Le cœur de ville historique qui a beaucoup de caractère, de charme, qui reste très vivant avec des gens qui s’emploient, qui se battent pour le faire vivre, et pour toujours ré-inventer des idées, des formules, des concepts, des terrasses très sympas. Vraiment, le cœur de ville ! La raison pour laquelle j’ai choisi de vivre à Dijon c’est le coup de foudre sur le cœur de ville.

 

Propos recueillis par Pierre-Olivier Bobo

15 Comments

  1. mat

    Elle est bonne Karen !!! Dommage qu’elle soit UMP ;)

  2. mat

    Heureusement qu’elle a pas dit qu’elle aimait Underground Resistance !

  3. Moule

    Elle est trop drôle. À 200% pour la piétonisation du centre-ville, mais elle veut quand même pouvoir s’y garer pour aller dans les petites boutiques. T’as qu’à prendre le tram ou le bus, c’est justement fait pour ça. Pour éviter les boulets qui se garent n’imp pour acheter une baguette et un litre de lait.

  4. Paulette

    Adele / M pour une fan de musique electro ? J’ai loupé un épisode ou bien !?

  5. Aurélie

    Ouais pareil que Mat, dommage qu’elle soit de l’UMP…de bonnes choses tout de même mais je m’oppose à elle par rapport au Tramway.
    P.S.: Monsieur de Sparse, s’il vous plaît, relisez-vous, ell est bourrée de fautes votre interview ;)

  6. Et elle l’a trouve classy cette photo d’elle ? On dirait une pub pour le cap coiffure.
    Si j’étais de l’UMP je me ferais un devoir de suivre humour de droite, s’il y a vraiment des personnes à garder sous les yeux, ce sont nos propres ennemis, surtout s’ils sont de qualité.
    Toute la (f)Rance que je déteste.

  7. POB

    @ Aurélie : bourrée de fautes… quand même, n’exagérons rien :) N’hésite pas si tu en vois d’autres.

  8. Moule

    “j’ai fais”

  9. POB

    Merci, Moule !

  10. Il est vraiment bien ce papier, tes questions etc… C’est très bien d’ajouter cette rubrique pour l’occaz”.
    NEXT!

  11. Duff

    Konik t’es de droite ?

  12. Duff

    Alors villepinte c’etait comment t’as fait le warm up de Nico

  13. Choubi

    Nico: tu joues du Bon Sinclar du coup?

  14. Cynthia

    J’adore les arguments des gens de droite, lorsqu’elle parle des débuts de Sarkozy à la présidence et de ses dérapages, elle l’excuse en citant “les difficultés dans sa vie personnelle” mais on s’en fout de ses difficultés. Dans ce cas-là, elle excuserait également avec plaisir un homme de gauche, comme DSK par exemple, car, vous comprenez, il traversait une mauvaise passe ? De gauche ou de droite, ces dérapages (Fouquet’s, Bolloré, Kadhafi et j’en passe) ne s’excusent pas. Et puis franchement, les valeurs de “mérite” et “d’effort” qu’elle explique traduisent plus un besoin de reconnaissance et une envie de réussir par le piétinement des autres… Résultats, arguments: 0 et bien dans ses baskets: 0 pointé. Va donc faire du bénévolat aux restos du coeur Karen, ça t’ouvrira les portes de la gauche et de la tolérance.

  15. A quand le débat sur la viande tout court bande de sales connards et vos amis imaginaires pour adultes?

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