« Vas-y Francky, c’est bon. Vas-y Francky, c’est bon, bon, bon ». Voilà un célèbre adage du patrimoine littéraire français qui conviendrait à merveille aux prestations scéniques des ricains de Frankie and The Witch Fingers. Le quintet californien est venu retourner la Rodia de Besançon à la mi-novembre avec son barouf mi-garage, mi-psyché, mi-synth-punk et ses thématiques joyeusement apocalyptiques. Avant la déflagration live promise, on s’est installés en loge pour une petite conversation aussi foutraque que leur univers sonore.

Vous voilà au tout début de votre tournée européenne. Avez-vous des attentes particulières quand vous venez jouer de ce côté-là de l’Atlantique ?

Nick (batterie) : Je pense que les gens ici apprécient plus le rock’n’roll, la musique et l’art en général. Aux États-Unis, les gens n’ont plus cette excitation. C’est donc toujours spécial et agréable pour nous de jouer en Europe. Hier, à Lille, on a eu toute une tripotée de slams tout au long du concert ; c’était vraiment cool. On aime bien jouer en France.

Vous avez quelques connaissances de la culture musicale française ?

Nick : Le premier nom qui me vient à l’esprit, c’est Jacques Dutronc. Ce gars est cool as fuck ! Ou Gainsbourg ! Vous avez déjà vu cette vidéo où des gamins sont déguisés comme lui et chantent devant lui ? Il fume sa clope et chiale comme pas possible. Incroyable !

Vos prestations scéniques sont renommées. Vous avez un rituel ou un entraînement particulier pour arriver à retourner les foules de la sorte ?

Josh (guitare et chant) : Boire du maté. La caféine. La nicotine aussi. Tout ce qui peut ajouter à l’anxiété (rires).
Nick : …Et la méthamphétamine évidemment !
Josh : Cette énergie nous vient assez naturellement, en fait. On est tous un peu nerveux sur scène, moi-même je suis TDAH donc j’ai besoin de bouger et de regarder tout ce qui se passe ailleurs (rires). Rester immobile à jouer de nos instruments nous semblerait assez contre-nature.
Jon (synthés) : L’intention n’est pas forcément de retourner les foules au départ, on le fait surtout pour nous et puis ça devient contagieux. On se nourrit chacun de l’énergie de l’autre ; nous de celle de la foule et la foule de la nôtre. 

©Franck Laithier

Vous opérez depuis 2013. Est-ce que vous vous sentez appartenir à cette scène garage/psyché des années 2010 aux côtés de groupes comme Ty Segall ou King Gizzard ?

Dylan (chant et guitare) : C’est vrai que quand nous avons débuté, il y avait cette résurgence rock garage psychédélique. On était à fond dans cette musique des années 60 et 70, comme beaucoup d’autres groupes : King Tuff, Dead Meadow, Ty Segall. Il y avait peut-être quelque chose de générationnel dans l’air, surtout dans une ville comme Los Angeles où il existe tant de communautés de musiciens. Mais j’ai l’impression qu’on a toujours mené notre propre barque.

Si vous deviez conseiller un seul de vos albums à quelqu’un qui voudrait commencer à explorer votre discographie ?

Dylan : Le prochain !
Nick : Waoh, c’était profond ça, mec ! Comment il s’appellerait ? Trouve-lui un nom tout de suite !
Dylan : Our Heart Explosions.
Nick : En vrai, c’est un nom qui claque ! On le garde (rires). Ça, c’est du scoop pour ton interview !

Il y a une vibe très dystopique sur Trash Classic, votre dernier album. Est-ce l’état du monde actuel qui vous a servi de source d’inspiration ?

Dylan : Je pense que c’est juste une expression de ce que nous ressentons en ce moment, de la situation dans laquelle nous sommes actuellement. Nous vivons dans une dystopie. C’est en train d’arriver.
Nikki (basse) : Quand on était enfants, on nous parlait du trou dans la couche d’ozone. Désormais, on parle de la disparition des océans et de l’humanité qui suffoque. On est arrivés à un point où on se demande réellement si l’humanité va survivre. Le monde pourrait disparaître pour tant de raisons différentes. Et nous sommes en interaction quotidiennes avec ces tristes raisons du fait d’avoir des écrans perpétuellement autour de nous. Nous sommes constamment exposés au sang, au gore, à la tristesse, aux agressions.
Josh : C’est beaucoup plus réel désormais. Les choses se sont accélérées avec la technologie. Une technologie qui prend tous les jours de plus en plus de place et devient principalement un outil de surveillance à grande échelle. Tout cela augmente doucement mais sûrement.

© Bruno Gagliardi

Tu évoques la technologie qui est un thème récurrent de vos chansons. Vous voyez cela comme une menace ? L’IA, par exemple ?

Nick : Pour la pensée créative, oui ! Après, je ne sais pas. Peut-être que cela n’impactera que les 10 % de la population mondiale qui sont vraiment créatifs et que les 90 % restants n’en auront certainement rien à foutre.
Nikki : Je ne suis pas du tout inquiète pour les métiers artistiques. On ne peut pas être transcendé par une création recrachée par l’IA comme on peut l’être par une œuvre d’art de qualité. Si l’IA est utilisée avec parcimonie pour créer de petites touches et rendre le processus plus rapide, je pense que cela peut être bénéfique. C’est un outil qui peut servir à gagner du temps mais si les gens l’utilisent pour créer l’intégralité de leur travail, on le verra immédiatement. Après, je pense que plus d’œuvres merdiques seront pondues par l’IA, plus les œuvres créées avec nos cœurs et nos âmes seront spéciales et valorisées.
Dylan : je suis persuadé que quand tu mets beaucoup d’efforts dans quelque chose, du bon en ressort. Les gens ressentent l’énergie que l’on met dans nos disques. Cette énergie est irremplaçable. Ce n’est pas du vide généré par intelligence artificielle.

Peu de chances donc de vous voir expérimenter avec ces jouets-là à l’avenir ?

Nikki : Non ! On adore faire de l’art. On VEUT faire de l’art. On veut mettre nos mains dans le cambouis. Tout le fun réside là-dedans.
Dylan : Pourquoi se débarrasserait-on de toute la partie agréable du processus ? Ça serait comme demander à quelqu’un d’autre de faire notre taf. Refourguer les trucs inutiles oui, mais pas la créativité.

Et, pour finir, puisque vous abordez aussi souvent le thème dans vos chansons, comment envisagez-vous l’apocalypse ? Quelles sont vos prédictions ?

Nick : Le Jugement Dernier est proche ! Un nouveau virus peut-être ? La mort venant de trucs microscopiques.
Nikki : Je verrais plutôt l’inverse. Un truc gigantesque venu de l’espace. Une comète ou une astéroïde qui viendrait tous nous frapper.
Josh : Ou alors, moins exotique, les 1 % des plus riches vont simplement nous pomper toutes nos ressources.
Jon : Moi, je partirais sur une explosion massive de la Terre. Un truc à la Oppenheimer ou un volcan !
Nikki : C’est lequel d’entre vous déjà qui avait pissé dans un volcan pendant la tournée (rires) ?
Nick : Volcanic Piss Apocalypse, voilà encore un pur titre d’album !

Texte : Picon Rabbane // Photos de couverture : Franck Laithier