SPIELBERG, CET ÉTERNEL NOSTALGIQUE

Pour ses 40 ans de carrière, Steven Spielberg réalise son film le plus traditionnel, comme un retour aux sources : Cheval de guerre. L’épopée d’un cheval “miracle “, arraché de son paisible foyer pour servir la 1ère Guerre mondiale.

 

Cheval de guerre est un mélodrame sur fond de fresque historique, une histoire d’amitié entre un superbe cheval et un jeune paysan anglais. Mais ce qui frappe dès le début du film, c’est certainement la perfection de chaque plan, pensé au détail près. Un perfectionnisme qui rejoint le côté très classique de ce film, étonnement arrivé juste après la prouesse technique de Tintin.

Spielberg pioche du côté des grands réalisateurs hollywoodiens comme John Ford ou David Lean, c’est évident. Sa vision idyllique de l’Angleterre rurale pré-guerre est semblable à celle de L’homme tranquille avec John Wayne. A l’opposé des landes verdoyantes et ensoleillées on découvre petit à petit les ravages de la Grande Guerre, ses terres pillées, dévastées et ses tranchées infestées de rats. A l’instar de ce cinéma des grands espaces, Spielberg privilégie les plans d’ensemble, où le personnage semble minuscule au sein de l’immensité de la nature majestueuse. Et le ciel orangé d’un coucher de soleil nous rappelle immédiatement Autant en emporte le vent.

Si l’environnement est un élément primordial dans le film, l’animal est sans conteste le personnage principal. Un pari risqué que de faire d’un cheval le protagoniste central sans tomber dans le larmoyant cucul. Heureusement, le cheval n’est pas trop anthropomorphisé même si en tant que symbole de pureté, il véhicule de bons sentiments. Le manichéisme est parfois trop de mise dans cette retranscription de la 1ère Guerre mondiale (on ne voit jamais assez de film sur cette période certes peu joyeuse mais passionnante). Pourtant, la particularité du cheval est qu’il ne peut pas choisir son camp… et cette splendide scène dans le no man’s land où l’étalon se retrouve prisonnier des barbelés en est le plus bel exemple.

Âme d’enfant

Malgré la dureté de l’histoire, Spielberg ne montre jamais la violence de manière frontale, pas de sang, comme les vieux films hollywoodiens, l’horreur de la guerre nous est épargnée, même si les scènes de batailles, spectaculaires, sont savamment bien orchestrées (en même temps, après la scène mémorable du débarquement du soldat Ryan on lui fait confiance).

Mais Cheval de Guerre ne serait rien sans la musique de John Williams, l’un des plus grands compositeurs de bandes originales. Dur de ne pas verser de larmes devant ce film rythmé par la mélodie du compositeur de toutes les musiques de Spielberg.

On peut néanmoins un peu piquer du nez quand on voit la vision parfois trop stéréotypée des paysans français. Niels Arestrup, qu’on n’a pas l’habitude de voir dans ce genre de rôle, joue pourtant très bien cette nouvelle version du grand-père de Heidi. Mais c’est peut-être en cela que la mise en scène de Spielberg est un cinéma plein, entier, assumé. Un cinéma qui nous émeut autant qu’il nous fait rêver. Pourtant, dès que le côté mélo se fait trop insistant, on est vite rattrapé par la dure réalité de la guerre, pour nous rappeler peut-être que les contes d’enfants sont finalement de courte durée.

Certains auront beau critiquer le bon sentiment des films de Spielberg, Cheval de guerre est un très bon moyen de se réconcilier avec le cinéma qui a bercé notre enfance, celui de Steven, qui nous rappelle avec brio et une certaine nostalgie qu’il ne faut peut-être pas perdre son âme d’enfant.

Alice Chappau

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