SUR LA ROUTE, LE FILM : ADAPTATION FIDÈLE MAIS SANS TROP SE MOUILLER

Forcément, le roman phare de Jack Kerouac sur grand écran suscitait plus d’appréhension que d’impatience. En voyant le casting et les premières images, ça semblait plutôt tenir la route (jeu de mot subtil absolument pas volontaire). Eh bien, disons que oui et non. On va pas se mentir, cette adaptation de Sur la route est inégale.

Globalement, le film est fidèle au roman. Mais ce n’est pas le problème, difficile en effet d’adapter un bouquin qui n’a pas vraiment d’intrigue pour tenir en haleine le spectateur. Dans les écrits de Kerouac, le temps est altéré par des va-et-vient permanents, les souvenirs se mêlent à la fiction, les flots de la pensée sont couchés sur le papier, tels quels. Rappelons au passage que Sur la route a été écrit d’une traite à la machine, même si la genèse de ce bouquin fait jaser : certains affirmant qu’il a fallu 10 ans à Kerouac pour l’écrire quand d’autres te disent trois semaines. Sur la route reflète plus d’un état d’esprit, du sentiment de révolte d’une génération d’après-guerre paumée. On peut aussi le voir comme l’épopée d’une bande de jeunes qui se cherchent dans une société américaine totalement coincée. Et qui va par la suite, sans vraiment le vouloir, bouleverser le monde de la littérature, voire même de toute une époque. La solution pour Kerouac et qui en a inspiré plus d’un : prendre le large et découvrir le monde. Bon, cette soif de voyage et de rencontre, on la retrouve bien dans le film. Mais il manque toute la fougue du roman, le flot jazz de Kerouac, un peu de fièvre quoi ! Le brésilien Walter Salles s’est trop concentré sur le fond pour en délaisser la forme. Sa vision est trop classique, et son montage plutôt laborieux. Comble pour l’adaptation d’un roman dont le flot d’écriture est le moteur, le film manque de rythme. Une première partie plutôt sympa puis une seconde qui s’essouffle pour passer bien trop rapidement sur la séquence au Mexique, géniale dans le bouquin, bâclée ici… Ce qui est regrettable. Et ce qui donne un road movie assez plat, parmi tant d’autres. Un Carnets de voyage version américaine quoi. Certes on a de jolis plans, façon documentaire, des paysages divers et variés de l’Amérique, mais ce ne sont pas trois plans des grands espaces qui font un chef d’œuvre.

Walter Salles relie dès le départ la marche à l’écriture, mais bon sang, se contenter de filmer son héros devant une machine à écrire pour illustrer la création, misère que c’est bateau ! Il lui arrive malgré tout de signer quelques scènes brillantes, aidées par une image joliment rétro (merci au chef op’ Eric Gautier). On retient la danse fiévreuse du nouvel an ou la scène finale d’adieu. Intéressant de se concentrer sur cette fascination pour le personnage de Dean Moriarty. Dans les yeux du narrateur, Dean, irrésistible, est ici un personnage de rebelle de cinéma, voulant profiter de tout à fond, à chaque instant. Un James Dean avant l’heure dont on découvre rapidement les pires travers. Sa quête vaine du père est d’ailleurs plutôt bien abordée. Garrett Hedlund révèle tout son talent dans le rôle du véritable héros de la beat generation. Le reste du casting s’en sort aussi honorablement, avec notamment Viggo Mortensen incroyable dans le rôle de Old Bull Lee/William Burroughs même s’il ne joue qu’une dizaine de minutes. Le choix de la B.O colle bien (dieu merci) à l’univers jazzy de Kerouac, mais bon en même temps il était difficile de se planter de ce côté-là. Le score de Gustavo Santaolalla, entrecoupé de Charlie Parker ou de Slim Gaillard, nous sort de notre torpeur.

Malgré le respect de l’histoire et quelques moments de pure liberté, Walter Salles n’est pas assez inventif. Résultat : Sur la route est un film plat et linéaire pour un bouquin submergé par la pulsion créatrice. Dommage.

- Alice Chappau

Photos : Mk2 / Grégory Smith

 

2 Comments

  1. Ouais… J’ai bien fait de ne pas.

  2. Géraldine

    Ah ! tu vois je te l’avais dit ! :-)

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