2013 démarre avec du très beau cinéma américain. Dans la continuité de There Will Be Blood, l’histoire d’une relation perturbée entre 2 hommes sur fond de quête impossible du rêve américain.

The Master débute ainsi : 2 plans superbes se succèdent et résument à eux seuls le film. D’abord le remous des vagues dans le sillon d’un bateau puis un soldat dont on ne voit que le yeux, le reste du visage caché à l’intérieur d’un navire de guerre. Un regard qui en dit long sur l’état d’esprit du personnage qu’on va découvrir.
Après There Will Be Blood, le dernier film de Paul Thomas Anderson est une grande fresque américaine, un rappel au cinéma américain de la grande époque avec toute la modernité du réalisateur de Magnolia. Dans les années 50, Freddie, un ancien soldat obsédé sexuel et alcoolique qui a bien du mal à se réinsérer dans la société rencontre Lancaster Todd, gourou (très ressemblant à L. Ron Hubbard, fondateur de la scientologie) dont la bonhomie se mesure à sa volonté de manipulation. La brebis égarée trouve son berger et s’instaure alors des rapports douloureux de maître à élève, de père à fils spirituel, d’oppresseur à opprimé. Et ce rapport de force s’inverse sans cesse, comme si la dépendance venait autant de l’un que de l’autre. Une chose est sûre, chacun cherche sa place dans une société d’après-guerre peuplée d’âmes perdues.
Le come-back de Joaquin Phoenix
a tout de la renaissance
Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu 2 personnages pareils interprétés par 2 acteurs ahurissants, dont l’alchimie est aussi évidente. Le come-back de Joaquin Phoenix (depuis I’m Still There) a tout de la renaissance, pour sûr le comédien porte bien son nom. Élève prodige et tourmenté de l’Actor’s studio, il crève l’écran, amaigri et visiblement habité. Philip Seymour Hoffman s’en sort sans problème dans le rôle du maître, finalement lui aussi esclave de ses pulsions.
On comprend pourquoi Anderson invoque Kubrick pour parler de son cinéma. The Master est d’une beauté époustouflante, chaque plan touche à la perfection, aidé aussi par le talent du directeur de la photo Mihai Malaimare Jr et du format très rare du 65 mm, pratiquement plus utilisé. Une succession de scènes parfois peu rythmée par le montage (utilisation judicieuse du flash-back puis une seconde partie qui s’essouffle un peu) mais qui ne fait qu’un avec la musique du guitariste de Radiohead Jonny Greenwood. Le score ne prend pas le pas sur l’image, il ne fait qu’un avec elle et reste longtemps dans la tête, comme une empreinte sonore dans la mémoire.
Paul Thomas Anderson ne ménage pas le spectateur avec les scènes de lavage de cerveau et de tests sans fin d’une des plus importantes sectes en devenir. Certes, il signe à nouveau un grand film, néanmoins ce désir d’aboutir à tout prix à un chef d’œuvre le trahit peut-être un peu. The Master n’est pas parfait, mais c’est peut-être en cela qu’il est l’un des films les plus fascinants de ce début d’année.
- Alice Chappau
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Le film est somptueux, et d’une profondeur spéculative telle que j’aurais grande peine à en résumer les enjeux, tant sur le plan psychanalytique que philosophique en général.
The Master est truffé de références à la pensée, du bateau qui se nomme “Aletheïa” (vérité, “dévoilement” chez les grecs, et mot fondamental de la philosophie travaillé à fond par Heidegger”, un héros au nom trop chelou pour être hasardeux : Freddie Quell (Pour ma part, c’est bien sûr Friedrich Nietzsche que je décèle ici; quand à “Quell” c’est un mot clé de la mystique médiévale rhénane, de Maître Eckart à Jakob Böhme, et cela signifie “la source” en haut-allemand – terme que retravaillera à fond Heidegger au 20ème siècle précisément à l’époque où se passe se film, la fameuse “Übermacht der Quelle” ) , la scène de crise entre le gourou et son adepte se passe en un lieu clé, Philadelphia (comprendre, “Phileï”, en grec, aimer, et Delphes, lieu où officie la fameuse Pythie, dans le temple où il est écrit sur le fronton “connais toi toi-même)…Cela n’arrête pas tout le long, permettant une mise en abîme assez démente de ce chef d’oeuvre, rempli de scènes à couper le souffle suscitant le malaise, ce sentiment d’Unheimlichkeit, d’inquiétante étrangeté, qui sied à la quête d’identité du personnage simplet et torturé par Joaquin Phoenix, collosal, héritier de Marlon Brondo par excellence…
Je partage en outre complètement l’idée selon laquelle un film traitant un tel thème ne pouvait lui-même qu’être bancal, fissuré et fragmenté : c’eut été une réelle contradiction formelle qu’il s’agisse d’une oeuvre lumineuse, une oeuvre d’art totale au sens de Wagner. C’est tout à l’honneur de ce Anderson qui atteint des sommes inespérés (j’avais peur qu’il s’essoufle après le quand même très programmatique There will be blood)
C’est le GUITARISTE de Radiohead, bordel. Mais c’est pas bien grave, Eric Neuhoff l’appelle Jimmy Greenwood.
toutes mes excuses, la faute va être corrigée