M.U.R, pour “Modulable, Urbain, Réactif” est une oeuvre qui fera 7 x 4 mètres, à l’horizontal, et qui sera située au carrefour de la rue Jean-Jacques Rousseau et de la rue d’Assas, en plein centre de Dijon. Tous les trois mois, un artiste sera invité et le premier à venir prendre possession des lieux, c’est Speedy Graphito, un des précurseurs du street art, du 6 au 8 juillet prochains.

M.U.R est un projet de musée en plein air, une galerie ouverte à tous, qui ambitionne de “fracturer la frontière invisible qui sépare le public de l’art”. Ça, c’est le discours que tient la Ville de Dijon, facilitatrice et en partie financeur pour la logistique, mais les acteurs impliqués sont nombreux. À l’origine du projet, un collectif d’artistes menés par RNST qui a la volonté d’implanter un lieu dédié à diverses formes artistiques, sans restrictions aucunes, à ciel ouvert. On compte parmi ce collectif notamment deux sérigraphes, regroupés sous les Editions inencadrables, qui effectueront des tirages limités d’oeuvres des artistes invités. Le collectif parle d’ailleurs d’”art urbain contemporain” pour qualifier ce projet, plutôt que de street art, expression trop limitante, selon eux.

On parle pas de street art, parce que ça ne sera pas uniquement ça et que le mot est souvent dévoyé. On préfère parler d’art urbain contemporain.Alix Beblik, sérigraphe.

Parmi les organisateurs, on compte aussi l’association Zutique, qui se bouge pour développer la culture à Dijon, particulièrement pour la scène des musiques actuelles. Déjà impliquée dans le développement du street art, comme dans les quartiers des Grésilles ou à l’école Clémenceau avec l’artiste Eltono, elle s’investit cette fois-ci dans ce quartier historique de Dijon. Le M.U.R est inspiré par ceux qui ont émergé à Paris au début des années 2000.

Le premier artiste invité, Speedy Graphito, est d’ailleurs bien présent dans la capitale, car précurseur de cette mouvance artistique née dans les années 80. C’est la commande du ministère de la Culture, pour l’affiche du docu “La Ruée vers l’Art”, en 1985, qui lui confère reconnaissance et notoriété. Son art s’apparente au pop art, avec des couleurs qui en jette et une critique acerbe de la société occidentale avec une utilisation d’icônes de la pop culture comme Mickey, Pikachu et d’autres. 

 

Le M.U.R prend place dans un secteur sauvegardé, le quartier des Antiquaires, quartier très vivant de Dijon, car être en centre-ville était une volonté du collectif à l’initiative du projet. Ce centre historique fait, depuis juillet 2015, partie du périmètre inscrit sur la liste de l’Unesco, au titre des « paysages culturels », dans le cadre de l’inscription de la ville au patrimoine de l’humanité des Climats du vignoble de Bourgogne. Tout ça implique que les changements doivent être soumis à l’autorisation de l’architecte des bâtiments de France. Ce dernier, Olivier Curt, a très bien accueilli l’idée d’inscrire un art contemporain, éphémère, dans un quartier au patrimoine ancien ; mêler deux formes de patrimoine, deux périodes historiques en sommes. 

Fracturer la frontière invisible qui sépare le public de l’art

On a aussi eu envie de demander à ceux qui peuplent le quartier, les commerçants, les habitants de l’immeuble, ce qu’ils pensent de l’arrivée du projet chez eux. Pour ce qui est des propriétaires de l’immeuble, ils se disent enchantés de l’initiative, car ils sont citadins depuis toujours, donc habitués au flux de touristes, et amateurs d’art. Le dynamisme culturel et touristique qu’une telle entreprise peut susciter ne les perturbent en rien, ils se figurent même qu’ils auront sûrement des surprises mais ça ne les préoccupe en rien. Les organisateurs sont bien tombés !

Pour les commerçants, comme on peut s’y attendre, l’affluence que peut créer l’arrivée d’une oeuvre d’art dans leur quartier, est vécue comme un avantage considérable. Paola Sonza, coiffeuse et présidente de l’union des commerçants du quartier des Antiquaires, s’en réjouit : “C’est une super idée. Ça ne peut qu’être positif pour nous commerçants, ça sera dur de trouver quelqu’un qui vous dise le contraire”. 

Tout ce petit monde a été prévenu 2 mois à l’avance, et convié à plusieurs réunions informatives sur les initiatives entreprises au coin de leur rue pour l’installation du mur. Celui-ci sera d’ailleurs encadré, préparé, nettoyé, pour pouvoir accueillir l’oeuvre. Alors, est-ce encore du street art lorsqu’il est si institutionnalisé ? On peut se le demander, mais reste que cette initiative est pour l’instant perçue comme totalement positive par tous les acteurs en jeu. À noter que l’installation du mur et le processus de création seront filmés par Bretzel film, pour ceux qui ne pourront pas venir voir ça. Chaque nouvelle performance sera accompagnée d’ateliers, de réalisations de sérigraphies limitées, d’expositions autour du travail de l’artiste et de balades urbaines à destinations des jeunes. 

 

  • Chloé Guillot 

Photos : Zutique