Avec son spectacle « La Nuit Je mens », l’humoriste, stand-upeuse, ex-chroniqueuse chez France Inter Morgane Cadignan l’affirme, les mensonges protègent notre société. Avant son passage à Talant le 28 mai, on a pu avoir un échantillon de la psyché de cette menteuse invétérée qui n’est pas la dernière à être honnête quand il le faut.

Dans ce spectacle, tu parles de mensonges du quotidien, comment tu t’es dit que c’était un sujet ?

Je me suis pas dit que j’allais écrire sur ce sujet, il s’est un peu imposé à moi. J’ai crée ce spectacle un peu comme tous mes spectacles, en comedy club, en enchaînant les 5 minutes. Je me suis rendue compte que quand je parlais d’enfants, de famille, de travail, il y avait toujours ce dénominateur commun des arrangements sociaux. Ça m’a fait une colonne vertébrale assez naturelle.

Tes mensonges de la semaine, ça donne quoi ?

Cette semaine, j’ai dit à une dame dans une boutique que je repasserai lendemain quand elle m’a annoncé le prix d’une bague. J’ai fait croire dans l’avion que j’avais un torticolis pour pouvoir m’asseoir près du hublot. En vrai pensez à tous vos petits mensonges, moi je pense que si tu dis toujours la vérité, tu deviens le pire humain possible. Tu deviens cruel quoi.

On peut se promettre de se dire la vérité pour le reste de l’interview ?

Allons-y.

Dans ton spectacle, tu parles d’un râteau que tu t’es pris plus jeune par un certain Romaric et tu dis je cite « J’espère que je reverrai Romaric avec une calvitie au Zénith de Dijon ». En tant que dijonnais, je voulais un peu que tu m’expliques cette phrase ?

La suite de la phrase c’est quand même « et c’est ce qu’on lui souhaite de vivre à Dijon ». Mais sur cette blague je joue sur les petits rivalités. Tu penses que je devrais changer de ville ? C’est quoi la ville que les Dijonnais n’aiment pas ?

Aujourd’hui, on voit une explosion du nombre d’humoristes partout en France, est-ce que tu as de plus en plus l’impression qu’il faut te démarquer ?

Je suis pas forcément dans l’idée de me démarquer ou me différencier, mais c’est clair qu’avoir de la visibilité, ça devient beaucoup plus important qu’avant, notamment sur les réseaux sociaux. 

Les réseaux sociaux, c’était instinctif ou ça s’est imposé à toi dû à ce besoin de visibilité ?

Beaucoup de choses se sont débloquées pour moi grâce aux réseaux sociaux mais avant j’étais vraiment bloquée. Tant que j’avais pas trouvé ma forme, c’était l’enfer. Il fallait trouver quelque chose. Devoir faire des face-cam, ce sont des choses que ne me ressemblaient pas du tout. Depuis que j’ai trouvé « Installez-vous » et « Con fessions » je m’amuse énormément.

« Installez-vous », c’est ce personnage d’une psy clairement pas homologuée par Ameli que tu développes sur les réseaux. Qu’est ce qui te ressemble là dedans ?

Déjà c’est du texte. C’est de l’écriture, c’est du jeu. Je suis pas dans mon lit à raconter des choses. Là j’ai un dispositif qui pourrait passer à la télé en petit feuilleton quoi. Je voulais aller dans un endroit où il n’y avait pas tant d’humour et le cabinet du psy était une bonne arène. Il y a eu la série « En Thérapie » mais pas tant de détournement que ça. D’autant plus par une femme.

Que veux-tu dire par là ?

Ça change pas tant le propos, mais je veux dire que plus il y a de meufs qui font des trucs, mieux c’est. Mais le fait que dans mes commentaires, je vois encore beaucoup de questions qui demandent avec qui j’écris et qui en plus supposent que j’écris forcément avec un homme, ça montre qu’il y a encore du chemin. Tout ça, ça reste au milieu des classiques « t’es drôle pour une meuf ». Là où tu vois que c’est intégré, c’est que les gens sont persuadés de me dire un truc gentil quand ils me disent « t’es plus drôle qu’une telle ou une telle ».

L’humour, c’est une arme face à ça ?

Sur ce sujet là, faut savoir être premier degré. Quand c’est trop, je le dis. Mais le truc c’est qu’on est pas sur les premiers mascus d’intérêt ou des gens agressifs, ça pourrait être partout autour de nous.

Du coup on fait quoi avec ces personnes ?

Ce qui est drôle, c’est que j’ai une commu un peu venère qui fait le travail pour moi en commentaires. Quand c’est des trucs vraiment sexistes, moi je réponds par l’insulte. C’est peut-être pas bien. Mais par exemple, les mecs n’aiment pas que les femmes parlent de cul. Alors quand un partie de mon spectacle parle de sexe, j’ai quelqu’un qui me dit que j’étais mal baisée. J’ai dû lui répondre « demande à ton père ». C’est sûrement pas bien.

Mais les mecs relous, c’est peut-être pas ton sujet de prédilection, t’aimes écrire sur quoi ?

Moi j’aime bien les relations humaines. Comment on s’aime, comment on se quitte, j’aime bien les relations amoureuses, l’amitié, comment on se rencontre… Moi mon travail, c’est de prendre des sujets que tout le monde connaît et de les rendre marrants quand des fois ils ne le sont pas. C’est pour ça que plein d’humoristes parlent d’enterrement, de mort… Pour moi un excellent stand-upper, il invente rien de fou. Simplement il romance, il raconte quelque chose sous un angle différent. Les gens me disent souvent après vu le spectacle « mais ta vie est folle, il se passe plein de choses », mais ma vie est aussi normale et absurde que la leur. On a tous des vies dingues. Moi je ne cherche pas à être exceptionnelle, j’aime rendre la banalité marrante.

Propos recueillis par Paul Dufour / Photos : Lykenny, Fifou.