JÉRUSALEM, LA VILLE QUI REND FOU
Ceci dit, retour à notre Guy Delisle. Auteur, Québécois valeureux et de qualité qui, après s’être baladé en Birmanie, en Corée du nord et en Chine, suit sa femme membre d’une ONG dans la ville fantastique de Jérusalem, capitale d’Israël. On suit notre dessinateur dans la vieille ville, dans les colonies attenantes, en Palestine et dans les différents recoins de l’antique citée. Ça fourmille d’anecdotes, c’est construit sur le mode du carnet de dessins, de manière chronologique… et partout de la découverte. Découverte des quartiers et leur géopolitique, découverte de toutes les religions -et leurs différentes subtilités- qui tentent de cohabiter : chrétiens romains, coptes, orthodoxes et en face toutes les variations de la religion judaïque, sans oublier les musulmans… Qu’est ce qui en ressort ? Que c’est une ville de tarés complètement schizophrène, multipolaire, à la fois ouverte sur le monde, la spiritualité, brassée par toutes sortes de touristes et renfermée claquemurée suivant son origine, sa religion ou sa nationalité. Trottoirs réservés aux IsraéliensDelisle n’a rien d’autre à faire de ses journées que de s’occuper de ses enfants dans les parcs de la ville, classes ou pourris selon l’origine, la religion… et quand ils sont au centre aéré ou à l’école alors il se balade, et nous, sympas, on l’accompagne dans la découverte de cette ville. Comme ça, ça parait tranquille, un bon p’tit guide touristique drôle et bien fait… sauf que ça bascule. Quand Delisle s’intéresse aux voisins de la bande de Gaza ou à la vie dans les quartiers colonisés, comme à Hébron. Tiens, faut savoir que fonder une colonie israélienne c’est aussi simple qu’ouvrir une tente deux secondes. Vous prenez un coin pour poser deux planches et un drap, même si c’est dans le jardin de votre voisin, et bing… l’armée vient vous protéger des réactions forcément hostiles des dits voisins. Delisle nous dessine les brimades ordinaires des Palestiniens séparés de leurs terres par le mur de protection, dans la plus grande prison à ciel ouvert, Gaza, bloqués aux check-points, interdits de certains bus ou obligés de marcher sur certains trottoirs, les autres étant réservés aux Israéliens. Ça, messieurs dames, ça s’appelle de la ségrégation et c’est pas bien de pratiquer l’apartheid, j’crois même que c’est interdit, mais Israël s’en fout. C’est beau de tout faire passer sous le couvercle de la sécurité ! Une ville qui rend fouL’actu du moment résonne partout dans ce livre comme avec ces bus dans le quartier orthodoxe. Les meufs à l’arrière, les gonz’ et leurs papillotes à l’avant, re-ségrégation. Tiens et puis quand même dans ce monde de brutes, un escargorico : un ex-dijonnais apparaît dans le bouquin, le dessinateur François Olislaeger qui vient taper la visite chez Delisle pour une partie de “dessine moi la ville”. Tout ça est raconté avec classe, humour, distance mais pas trop… sans trop d’a priori : c’est engagé mais descriptif. Finalement “sans haine et sans violence” comme dirait l’autre. Une bonne charge contre un état de plus en plus débile avec lui-même et avec les autres. Le plus inquiétant, c’est la stricte séparation des deux peuples. Y’a quelques années encore, les Palestiniens pouvaient échanger, fraterniser avec les Israéliens. Aujourd’hui avec le bouclage complet et les autres tracasseries administratives, toute une génération grandit sans connaître “l’autre”. Sans savoir que le type en face est autre chose qu’un combattant… Martial Guy Delisle, Chroniques de Jérusalem – Delcourt – Shampooing, 25 euros. __ Retrouvez la chronique bédé de Martial sur les ondes de Radio Dijon Campus tous les mardis à 8h40 et 12h20.
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Je viens tout juste de terminer les Chroniques de Jérusalem. J’ai adoré. C’est le meilleur de la série selon moi. J’avais aussi bien aimé Pyongyang, Chronique Birmanes et Shenzhen. Les observations de Guy Delisle sur les moindres détails de la vie quotidiennes à Jérusalem rendent le livre vraiment intéressant. Je le recommande à tous.